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100816

11 août 2016 - Jours, Poèmes
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La parole s’est effritée. Errent les voix disjointes.

Une phrase se fraie un chemin parmi les éboulis, quatre ou cinq mots en enfilade, puis l’élan à peine pris se perd, bute contre quelque obstacle à demi-enfoui. Une seconde prend forme, en toute clarté se débite, se multiplie, s’emballe presque et en contrepoint reçoit sa réponse, puis le silence fige en bloc ce pan entier d’une muraille que l’on n’avait pas fini d’abattre. Des interruptions cisaillent les autres, les démantèlent avant le moindre envol, elles hésitent, trébuchent et se taisent. Ou bien elles se dispersent, détours et impasses comme cent ruisseaux de sable qu’on ne retient pas. Certaines jaillissent sans frein, frappent amères ou douces, répliques attardées d’un séisme ancien.

Des turbulences agitent la parole mal gardée, mal enterrée. Sédimentée à demi. Elle se partage en échos contradictoires, tour à tour ralliée et niée. Elle bouge, assez pour laisser place au silence où tout est dit de ce qui est tu.

Quel accord neuf fondre à ce feu qui, d’un lointain noyau, affleure ?

Illustration : G. Braque, Homme à la guitare (1911)

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