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Entretien avec Anh Mat : Dynamique numérique

2 novembre 2016 - Critique, Résidence, WebAssoAuteurs
Entretien avec Anh Mat : Dynamique numérique

N’aboie pas à la vie, ne la couine pas comme un religieux s’interroge sur la vie et le sexe
des anges ou de leurs chiens !

Écris comme si tu vivais éternellement. Écris comme si tu allais mourir ce jour.
Écris pour rêver et vivre, et crie ta nuit toujours échouée, tous les jours.
(L’apatride, #215 bis)

De ce que vous aviez pu écrire avant, rien n’a vraiment été un matériau pour le blog ? Même si ce que l’a précédé a pu déboucher sur le blog, rien n’en a été transposé ou retravaillé pour Les Nuits échouées ?

Strictement rien. De plus, c’est le geste du rédigé-publié qui a éveillé le désir d’ouvrir un blog. Je voulais savoir quelle incidence ce geste aurait sur mon écriture. Je cherchais à travers la publication en ligne une autre expérience. Publier des bouts de textes déjà écrits ne m’est donc jamais venu à l’idée.

Et vous n’écrivez plus que numérique ou est-ce que vous écrivez encore des textes qui ne sont pas destinés au blog et que vous gardez pour vous pour une raison ou pour une autre ?

Au début, je n’écrivais plus que sur Les Nuits échouées. Car la pratique du blog, aussi risquée me paraissait-elle, était aussi très stimulante. Malgré le vertige avant la publication de chaque billet, l’envie de me jeter grandissait. Je n’ai jamais autant écrit que depuis l’ouverture du blog. Pourtant, je m’y sens vraiment chez moi depuis peu. Il m’a fallu du temps pour apprivoiser l’outil, comprendre les mécanismes intérieurs qu’il provoquait. Aujourd’hui, après le travail sur monsieur M., le blog n’est plus un lieu d’angoisse. Il est devenu mon atelier de tentatives. Et il m’arrive à nouveau de travailler des textes à côté, hors ligne.

Si je comprends bien, à un moment, le blog vous a paru approprié pour essayer d’autres choses dans votre manière d’écrire, mais c’était un peu de l’ordre de la découverte. Maintenant que le blog existe depuis un certain temps, vous revenez aussi à une écriture en dehors du web, hors ligne. Quelle est la différence, du coup, entre ce que vous choisissez de mettre sur le blog (est-ce que vous êtes maintenant sur quelque chose de plus planifié) et ce que vous mettez ou réservez pour l’écriture hors ligne ?

Ce que j’écris hors ligne, ce sont souvent des choses issues de mon blog que je retravaille ensuite. Parfois, dans un billet, ou une série, je devine qu’un livre se dessine et qu’il nécessite un travail de structure hors blog. Tous mes projets de livre sont nés du blog. J’aime bien le titre du site de Christine Jeanney, Tentatives. Pour moi, le blog est devenu un lieu de tentatives, avortées ou pas. Le rédigé-publié m’a aussi appris à accepter le déchet, le non préparé, les fausses routes… C’est ce qui est intéressant d’ailleurs pour moi en tant que lecteur web, suivre le cheminement d’une écriture.

Pour revenir à votre question, désormais, quand, à partir d’une série, ou d’un billet, je sens que l’espace d’un livre ou d’une nouvelle s’ouvre, je retravaille leur matière hors ligne. Comme vous l’avez peut-être remarqué, le roman Monsieur M. est très différent du monsieur M. blog. Le travail n’est donc pas juste de coller des billets les uns après les autres pour faire un livre, mais de chercher l’ossature du livre que les billets fragmentés ont esquissée. Mais avant tout, il faut que l’écriture apparaisse, qu’elle ouvre sur un livre ou pas, ça n’a aucune importance. Et l’apparition, je la réserve désormais pour le blog uniquement. Ces dernières années, j’ai beaucoup écrit sur Les Nuits échouées. J’essaie désormais de me retourner un peu sur la matière accumulée.

Donc le blog est effectivement cet espace très ouvert, qui brasse beaucoup de choses, alors que ce que vous faites hors ligne, ce serait plutôt ce qui amènera à la clôture d’un livre. C’est-à-dire que là où le blog reste dans une dynamique peut-être sans fin, sans fin projetée en tout cas, le livre doit d’emblée, au moment où il est écrit, aboutir à quelque chose de plus clos.

Exactement. Et c’est l’écriture qui décide de clore ou pas. Je n’écris pas pour faire des livres, j’écris pour écrire, parce que l’acte m’est nécessaire. Mais je serais bien incapable de vous expliquer cette nécessité…

Ce que vous écrivez pour un autre site, pour Les Cosaques des frontières, serait plutôt justement de l’ordre du récit clos, me semble-t-il. Je voudrais alors savoir de quel côté vous les situez. Les considérez-vous comme proches de votre pratique sur votre propre blog ou comme quelque chose de plus abouti ?

J’écris peu en tant qu’Anh Mat sur Les Cosaques des frontières, site de mon ami Jan Doets, homme que j’estime beaucoup. Son estime réciproque, son amitié (et l’amitié née avec certains autres « Cosaques »), son attention pour mes textes, m’ont profondément aidé à prendre confiance au début, lorsque la publication en ligne m’était compliquée. Lui, François Bon et un anonyme qui tenait un blog important pour moi (mettre au secret, aujourd’hui fermé) m’ont beaucoup apporté.

Aujourd’hui je publie sur Les Cosaques des frontières sous le nom de « l’apatride », personnage-auteur sur lequel je suis tenu au secret. Mais pour le dire très vite, l’apatride regroupe une lignée : un arrière-grand-père, un grand-père, un père, un fils. Il y a aussi de l’apatride dans monsieur M. Derrière l’apatride, c’est une sorte de passage de générations autour de transcriptions de poèmes de la Chine ancienne. L’apatride est né comme un personnage sur mon blog puis chez Jan. Au début j’écrivais des textes au sujet de « l’apatride ». J’essayais de dessiner son personnage. Ensuite, l’apatride a écrit ses propres textes. Puis s’est concentré sur la transcription de poèmes de la Chine ancienne. Un recueil est né de ces transcriptions, aux éditions QazaQ (créées par Jan Doets), qui s’appelle 135 cartes postales de la Chine ancienne.

Et ces 135 cartes postales, ce sont des textes que vous avez publiés sur le site des Cosaques des frontières ?

 Nous avions publié quelques transcriptions sur les Cosaques. Le recueil en regroupe beaucoup plus. Les auteurs des 135 cartes postales de la Chine ancienne sont Li Po, Su Tung Po, Yang Wan Li, Po Chu Yi, Lu Yu, Po Chu Yi, Tu Fu, Tao Yuan Ming, Wang Wei.

Et c’est vous qui les avez traduits ?

L’apatride. C’est l’apatride qui les a transcrits. Je n’insisterai pas.

Restitution d’un entretien avec Anh Mat mené en février 2016.
Illustration issue des Nuits échouées.

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