S’en vont au loin les navires aux cargaisons choyées. Automne passe le bras autour de ses épaules, le refrain des orages la berce avec la mélancolie des refrains bien connus : au revoir de toutes parts murmurés, gage maigre et pieux avant l’inconnu.

Tu es passé comme se voile le regard de l’inassoupi que cueille le sommeil. Comme tombe  la dernière goutte inaperçue ;  aussi longuement, aussi inexorablement. Comme s’épaissit le sang.

Fini de boire ton ombre, elle double chaque repli et s’y efface, muette dans la voix, aveugle au cœur de la pupille, imperceptible ; non pas retranchée aux aguets d’arrière-gardes, ni plus emportée arrachée à la guerre ses mutilations, cher trophée trônant au tympan des tombeaux, mais enterrée sœur d’armes à son côté. Et l’on ignore quel arbre deviendra, où elle grandira diluée. Fluide et indistincte.

(Tu vois, ça ne fait pas ce roman qui dirait comment passe et demeure ce que l’on plonge dans le flot du temps qui sans fin le porte avec nous.)

Illustration (accueil) : Anselm Kiefer, Aurora.

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