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Acta est #1

16 février 2013 - Hapax et archives
Acta est #1

Il se tenait là, en catimini, depuis fort longtemps. Il n’avait pas particulièrement cherché à se cacher, en fait, pas plus qu’à être vu. Mais il vaut mieux être un peu à l’écart, pour observer le train des choses, ainsi qu’il l’avait décidé. Peut-être d’ailleurs n’aurait-il plus guère apprécié, désormais, d’être vu, connu et reconnu. La notoriété a trop d’inconvénients et plus d’un s’était vu finalement brocardé, accusé à tort, conspué voire exécuté en règle, bien malheureux d’avoir joui d’une gloire toujours éphémère, même quand ils l’avaient crue solidement ancrée, éternelle presque. Pour tout dire, la tentation l’avait pourtant démangé, lui aussi, quelque temps après son arrivée ici, quand l’étonnement de passer si aisément inaperçu s’était mué en agacement. Il s’était senti vexé et oui, il avait été à deux doigts, à cet instant, de renverser l’ordre des choses d’une chiquenaude. Ils n’auraient plus pu l’ignorer, alors. Mais les conséquences étaient incertaines, et il ne voulait pas risquer de compromettre son dessein, quoique ce dernier, à ce stade de son observation, ne soit pas encore définitivement arrêté.

Depuis, de l’eau avait coulé sous les ponts, sans que cela change grand-chose à l’affaire qui l’avait amené ici, au demeurant. Il s’en accommodait assez bien, y trouvant la confirmation qu’il attendait : rien de neuf sous le soleil. Qu’il en avait laissé passer, des jours ! Des milliers, aurait-il dit, mais il devait exagérer – exagérait-il ? Il se souvenait comme d’un autre de l’être perplexe et démuni primitivement débarqué ici. Il lui avait déjà fallu longtemps, non pas même pour comprendre encore, mais seulement pour se repérer, distinguer et organiser les flux et reflux de ce qui l’entourait. Il en souriait, aujourd’hui, rodé à ces simagrées, et s’étonnait d’avoir pu croire que son grand dessein, le dessein qu’il l’avait conduit ici, mis à l’épreuve des faits, se révélait sans objet. L’hébétude heureusement ne lui avait pas vraiment laissé le loisir d’envisager les choses sous cet angle dans un premier temps ; ensuite, quand il eut mis un peu d’ordre dans tout ce qui lui passait sous les yeux et qu’il se mit à essayer de réellement comprendre ce qui animait cette mascarade – mais non, il ne l’appelait pas encore ainsi, alors, il s’efforçait d’être plus neutre, la désignait comme « le cours du monde » et une certaine naïveté, sans doute, l’y aidait encore –, il était trop pris dans cette démarche d’analyse et d’observation pour que le doute fît plus que de l’effleurer, de loin en loin, sans l’arrêter pour autant ou jeter à bas son projet. Et après ce long, patient examen, il n’y avait plus bien de raison de penser que tout cela allait quelque part.

Il était arrivé à cette conclusion déjà longtemps auparavant, mais avait jugé plus honnête de temporiser encore un peu, puisqu’il était malgré tout peu fait au rythme des choses, ici, et que l’extraordinaire, pour apparaître, a besoin d’un trame terne et assez prolongée. Il attendit donc, plusieurs mois, des années. 

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