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Acta est #2

24 février 2013 - Hapax et archives
Acta est #2

Les saisons se succédèrent été automne hiver printemps, derechef automne hiver printemps, cycle immuable bien qu’il n’y eût plus de saisons – y en eut-il jamais ? Des guerres éclatèrent, des alliances se forgèrent, furent défaites ou triomphantes puis se dénouèrent pour se renouer ailleurs, selon d’autres combinaisons ; des crises ruinèrent le monde ou une partie, occasionnèrent toute sorte de promesses révolutionnaires tandis que de laborieuses réformes donnaient le change ou peinaient à réinstaurer le même et portèrent un pas plus loin une logique toujours mieux comprise, rodée ; de grandes découvertes vinrent changer la donne de quelques-uns, dans certains domaines touchant à l’armement et à la défense, puis se répandirent, transformèrent la vie quotidienne de chacun, ou presque, certains toujours laissés au bord de la route, en un progrès incertain, éloignant ou précipitant le pire. La grande histoire ! On naquit, on vécut, on mourut, sans discontinuer, les uns remplaçant les autres, riches et puissants ou faibles et pauvres, tous animés par l’amour et la haine, la vaine gloire et la rancœur, vertueux de mauvaise foi ou viciés d’espoirs trompeurs, une génération puis la suivante, sans répit, chacun plein de candeur, de bêtise et d’ardeur à comprendre le vieux monde, comme si… Au-delà du capharnaüm apparent, toujours d’identiques causes conduisant aux mêmes effets selon un enchaînement répétitif et vain, réductibles à deux ou trois principes immuables, jamais dépassés ni ne débouchant sur quelconque évolution. Lui attendait, voyait et s’ennuyait un peu plus profondément à chaque retour du jour.

Il avait suffisamment attendu. Sa résolution était prise. Non pourtant qu’il se considérât comme le bras vengeur d’une humanité idéale et nulle urgence ne le forçait subitement à prendre ce parti, accomplir ce qui était prévu, si les circonstances le justifiaient. Il obéissait plutôt à une nécessité profonde et devenue ancienne au fur et à mesure qu’il attendait, aussi ancienne que le cycle des saisons dont une nostalgie accrue accompagnait chaque retour, lointaine mélodie parlant de douceur de vivre et d’idéal. Cette mélancolie l’affermissait dans sa décision, sans pourtant qu’il s’en promette l’avènement d’un âge d’or – ni même de tout autre nouvel âge.

Il patienta jusqu’à la fin de la journée, puis, dans le crépuscule, se redressa lentement, s’apprêtant à prendre congé de ce que l’entourait, et promena son lent regard sur le monde, qu’il voyait comme tel pour la dernière fois. L’activité du jour s’estompait, entrecoupée de plus en plus longuement par des plages de calme, palpitant encore de quelques voix, quelques échos. Dans les sanglantes lueurs du soir, il lui semblait voir s’enfuir les soucis lentement dévêtus en traîne d’ombre allongée aux pieds de silhouettes lasses et pressées. Puis, l’heure de sérénité advint, séparation du jour et de la nuit, dont le rythme autre ne s’impose pas encore. La scène était vidée, jeunes et vieux premiers avalés par la coulisse après une dernière salve, la foule des figurants égaillée.

Alors, il rabattit son capuchon et se mit à l’œuvre, à l’instant précis où les premières étoiles à peine apparues allaient être éclipsées par les lumières électriques.

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