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Acta est #4

18 mai 2013 - Hapax et archives
Acta est #4

L’horizon commençait à s’éclaircir. Il puisa de nouvelles forces dans un sommeil réparateur et, le lendemain, s’employa à émonder les montagnes et combler les gouffres. Son ouvrage touchait à sa fin. Ne restaient plus que le ciel et la terre – et il rit, puisque c’était énorme et cependant, minuscule. Ne s’entendait plus un soupir, plus un souffle pour se faire sentir. Rien ne respirait que lui. Le soleil rougissait l’horizon, mais il ne l’étrangla pas. Il restait debout, campé sur ses deux jambes, grandi de tout le désert alentour, la pensée muette l’air comme un silence colossal que ridait l’air. Il se perdait dans le déclin du soleil, dans le progrès de l’obscurité, il se perdait encore dans l’épanchement de la lune lente et les trouées vives de brusques étoiles, à nouveau dans leur effacement baigné de lumière se perdait, se perdait aux détours du jour et se perdait toujours au soleil entamant, poursuivant et achevant sa ronde escortée de  nuages divers.

Il s’écoula peut-être une éternité, où il n’était plus. Peut-être un jour.

Alors, dans le crépuscule,  il tendit la main et décrocha un nuage orphelin, cotonneux, un second, un autre, puis tout un écheveau nuageux, qui croisait plus loin, se perdant à l’horizon un instant auparavant. Il les déposa à ses pieds, où ils se fondirent, sans que le sol tremblât – l’avait-il redouté ? Il resta une seconde les bras ballants, hocha lentement la tête et se remit au patient ouvrage de démêler les nuées. Elles s’abattaient dans un soupir et se dissipaient parfois avant même d’avoir touché terre. Il prenait son temps, lorsqu’il en eut fini avec elles, la nuit était tombée. Il continua  en décrochant une à une les étoiles, souvent s’y piquait les doigts où perlait le sang, et elles s’éteignaient dans une lueur rose. Une lune presque ronde veillait le ciel endeuillé fut d’un noir d’encre. Quand il l’ôta, elle s’effrita entre ses doigts en une poussière légère, emportée par le vent. La nuit était noire d’encre. D’un geste vif, il saisit la brise qu’il avala pour l’étouffer. Elle lui chatouilla la gorge en disparaissant.

La nuit devint mortellement calme. Pas un murmure pour regretter les charrois célestes. Nuit vide de repos achevé. Une clarté estompée, clarté encore à peine, un noir moins noir, presque gris, apparaissait cependant à l’est. Il fit quatre pas, plongea les bras à l’envers du monde et ramena contre lui le soleil en une suffocante étreinte où l’astre s’engloutit.

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2 réflexions sur “ Acta est #4 ”

ly-thanh-hue

entre nuit et lumière, un temps mythique…
merci de ce beau texte

@lanlanhue

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Selenacht

Merci de votre passage et de sa trace.

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