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Aruspice : déchiffrer les viscères

13 mars 2012 - Hapax et archives
Aruspice : déchiffrer les viscères

Nous ne sommes pas en guerre, il n’y ni chars ni missiles, pas d’ennemi déclaré ou de guerre ouverte. Il n’y a pas de sang, et les larmes restent encore trop discrètes pour les sanglots longs des violons de l’automne risquent de bercer nos cœurs. Ce n’est pas la guerre.

Ils parlent de courage, pourtant. Et pourquoi pas ? C’est bien la première des vertus, après tout. Ils parlent de courage, la mine grave, l’air sévère. Ils ont le courage de parler sans fard ; le courage de dire ce qu’il n’est pas forcément plaisant d’entendre ; de dire tout haut ce que l’on pense tout bas. Le courage de nous exhorter au courage. Ils semblent plus près de taper du poing sur la table que de se frapper le cœur, plus Matamore que Rodrigue, mais que voulez-vous, c’est que nos idéaux ont vieilli, le cœur s’est rabougri, viscère palpitant du bétail mené à l’abattoir, si l’on y tient. Les plus grossiers ont des couilles, c’est même le mot qu’on entend, quand ils prononcent courage, et cette légère pointe d’excitation dans leur voix… Pas sûr, pourtant, qu’on soit plus proche de la virtus antique. Leur courage pouvait bien être mâle en diable, il était moral, aussi. Là, c’est encore du viscère.

Alors, à force, on finirait par ne plus trop voir la nécessité de ce courage, puisqu’il s’avère, de discours en discours, que ce n’est pas d’eux qu’il est attendu, au fond, mais surtout de nous, pour faire face à l’avalanche… de chiffres. Des myriades des chiffres, voilà l’ennemi, qu’ils nous jettent en pâture, des chiffres pour tout et n’importe quoi, pour calculer ou pour sonder, pour prouver et prévenir, pour établir des faits imparables. 

Ils forment un grand nuage de poudre aux yeux. Peut-être eux aussi s’y perdent-ils. Leurs chiffres sont souvent inexacts. C’est déjà beau si, une fois sur deux, ils tombent juste, ou à peu près. Les chiffres sont une divinité fuyante, qui s’incarne mal dans leur verbe. Oui, sans doute sont-ils les premiers à avoir peur, finalement. La foudre est tombée, l’apothéose a brusquement viré au cauchemar, les courbes sensuelles se sont brisés, descente aux enfers. Ils ont beau arborer à leur poignet les signes ostensibles de leur religion, les autorités ecclésiastiques ne sont pas convaincues de leur orthodoxie. On les excommunie hors de la Trinité AAA. Il est urgent de stabiliser l’équilibre du pire à fond de cale. Que les peuples électeurs soient courageux !

Mais pourquoi, si ce sont eux qui sont lâches et se prosternent devant ce qu’ils redoutent ?

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