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Bavardages sur la concision (via cuicuis)

24 mars 2014 - Notes
Bavardages sur la concision (via cuicuis)

Il y a quelque temps, quelqu’un me demandait si certains des tweets étaient le fruit d’une longue processus d’écriture (twitter ayant englouti l’échange, je ne reprends pas exactement ses termes). J’avais ri quoiqu’il ne le sache pas et répondu que non, pas du tout, twitter brimborions, twitter à la volée, en marche souvent dans la ville ou immédiatement au retour de la promenade, twitter vitre sur laquelle l’haleine devient buée où tracer des dessins un rien plus personnels que le blog. Twitter soupape, aussi, tolérable parce qu’en 140 signes, on risque moins de s’épancher trop. Un moyen particulier (pas toujours exploité au demeurant) de poser ma voix.

En regard, mon attrait plus vaste pour la concision, ses collisions et ses entailles, feux d’artifices ou éclairs précis, illustré sur le blog (H.X. Lemonnier, Francis Royo). J’y rattache, un peu frauduleusement, en tout cas peut-être après coup, les plus prolixes écritures d’Anna Jouy et d’André Rougier, par exemple, y trouvant semblable télescopages ou condensation, feu follet et mercure. Ce n’est pas que j’aime de prime abord la difficulté. Ce serait plutôt l’alchimie du verbe, puisque, laconique ou luxuriante, c’est visiblement la saturation de l’expression qui me séduit – un mot contenant tout un univers ou, inverse revenant au même, un bout de réel bombardé de mots.

Bien sûr, j’aurais pu, aussi bien que ces écrivains sur toile et en réseau, en choisir de plus installés, de nos classiques, mieux couchés sur papier. Mais ce n’est sans doute pas un hasard si c’est de les avoir suivis depuis twitter jusqu’à leur nid que cette réflexion sur la concision s’est enracinée et prend forme, peu à peu – à cause de cette part personnelle, moins induite peut-être pour moi par le seul phénomène du réseau social que par la même contrainte de concision éprouvée bien différemment en envoyant foule de textos avant que les forfaits illimités viennent lever l’exigence de brièveté.

Au énième de ces tweets jetés au rythme de la marche, récrits au moins en pensée, malgré ma réponse première, essentiellement pour réagencer les mots et, ce faisant, pouvoir en retrancher, trop, trop détaillés, étant souvent trop imprécis car trop circonstanciés, je reconnais, à la satisfaction que j’y trouve, qu’il ne s’agit nullement d’inspiration fulgurante mais plutôt, quoique le terme soit fort excessif, de méditation, et que j’y engage plus qu’un simple bonheur d’expression, plutôt tout un résumé, ou plus exactement le « tirage » (comme on dirait en photographie) probant, et étrangement apaisant, d’un état intérieur, c’est-à-dire d’une myriade de pensées, sensations, sentiments, d’ailleurs malaisés parfois, enfin réunis et cohérents – quand bien même ce ne serait que pour un instant, le prochain tirage amené à révéler une configuration toute différente.

Or, dans l’opération, j’échange ainsi un flou intérieur, composite, « vague à l’âme », contre un mot (économie encore sur l’expression première qui l’aura fixé) qui résumera pour moi, aussi complètement que précisément, le bouillonnement dont il est issu, en organisant la complexité sans la simplifier, grâce à la part elliptique et imagée qui continue à l’entourer – condensation, saturation. Termes mêmes que j’emploie pour essayer de désigner ce qui, dans la poésie, me fait entendreJe ne m’égale certes pas à ceux que je cite. Mais, d’eux à moi, ce qui se dessine dans l’intimité de la langue, sa spécificité redoutable. 

Que nous nous comprenions si mal les uns les autres aussi parce que le poids des mots varient, le dictionnaire n’étant jamais l’étalon de la langue vécue, les mots comme autant de fruits à la saveur aussi variée que différentes auront été leurs maturations, sols et climats. Et je ne vois pas bien, pour le coup, qu’être poète aide à se faire comprendre des hommes.

(Mais après tout, est-ce si grand mal qu’à la communication ne se résume pas le langage ?)

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