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Bitume I

23 mai 2012 - Hapax et archives, Matières à répétition
Bitume I

Bitume02

Je croyais qu’il était noir.
une longue langue noire déroulée sous nos pas le long des rues
des tentacules à l’assaut de la ville et au-delà
aux luisances de lave refroidie mais vivante encore peut-être, qui sait ?
lointaine parente, au moins, du cœur enfoui de la terre.
De ces films que l’on se fait.
Je croyais qu’il était noir.

Je croyais ça sans doute à cause du noir et blanc,
à causes des signes blancs tracés à sa surface
une page négative grandeur surnaturelle
RALENTIR TRAVAUX
qu’on pourrait lire presque depuis les nuages.

Du goudron et des plumes,
un peu funèbre, mais tranché.

Eh bien non, il n’est pas noir. Il est gris,
– On dit gris bitume, j’avais oublié.
très constamment gris, noir fugitivement à peine,
parfois, à la naissance, puis gris gris, pâli peut-être
ou recouvert d’une uniforme pellicule de poussière…
Ou plutôt non, pas gris gris, pas uniforme du tout, plutôt
moucheté, comme des parasites, le bruit de la photo, mieux,
un écran parasites-crachotis.

Parce qu’il serait gris aussi d’usure, de piétinements, martèlements,
rayé par les millions d’éraflures de talons-aiguilles
le tip-tap-tip-tap répétés de millions de pas
toute sa dure surface offerte au pilonnement,
et qui résiste et vous remonte dans la colonne.

Pas oublié, ça, qu’il était dur.
On s’enfonce pas dans le bitume.
On ne touche plus terre.
– Il ferait quoi, Protée, dans nos villes ?
On ne prend pas racine.
On trace.
À sa surface, on trace des trajectoires
qui suivent et font les cartes
plus rigoureuses plus durables.
– Du bitume, ça se trimballe pas.
Il n’y a que le chemin de terre, pour se faire la malle.

Et ça fait quoi, tout ça ? Autre chose,
un patchwork inégal de coins de bitume replâtrés,
une géométrie bizarre de bricole et lézardes,
l’agrégat aléatoire de taches, de déchets, mégots et papiers gras,
d’objets perdus qui restent là, des bouts d’histoires toute bêtes,
puis, par-dessus, parfois,
le pinceau du soleil qui joue les ombres chinoises.

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2 réflexions sur “ Bitume I ”

Nilstilar Thorec

Gris certes, mais par ciel clair ! Que faites vous du bitume noir qui chuinte sous la roue lorsque mouillé de pluie ?
Pour le reste, j’ai craint, tout du long, que n’atterrisse dans ce gris l’étron canin : mon plaisir à lire en fut un peu gâché, je l’avoue. Louée soit Nev, cependant : le bitume en mourant s’ouvre à la fleur.

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Selenacht

Malheureux ! Mais vous allez de la sorte finir par briser le suspense haletant qui suspend son vol à nos lèvres !

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