Menu

Délogée

8 janvier 2012 - Hapax et archives
Délogée

Elle habita d’abord le dernier étage d’un petit immeuble à la périphérie de la cité. Mais au moindre coup de vent, elle entendait des grincements au-dessus de sa tête et attendait tremblante la prochaine rafale qui arracherait le toit et la laisserait, grelottante et prise de vertige, à la merci des intempéries. Elle vivait fenêtres closes, chaque souffle annonçait le désastre imminent.

Elle prit le parti inverse, et s’installa en rez-de-chaussée. Mais c’est la terre, désormais, qui menaçait de l’avaler, une sournoise humidité grimpait le long des murs, les rongeait peu à peu. Elle vivait le nez au sol, colmatant ici, calfeutrant là des fissures imaginaires, rampant déjà.

Elle déménagea donc à mi-chemin, au troisième étage d’une maison qui en avait cinq, imaginant qu’elle se sentirait ainsi mieux protégée des éléments extérieurs. Mais ses voisins étaient bruyants, elle entendait chaque pas au-dessus de sa tête. Ils ébranlaient lentement jusqu’aux fondations. Dans un silence parfait, sans radio, télé ni bruit quelconque, elle était l’affût des signes avant-coureurs de l’écroulement où elle périrait aplatie comme un crêpe.

En désespoir de cause, elle fit même une brève tentative souterraine. Mais il lui semblait suffoquer en permanence et il paraissait inévitable qu’elle finisse étouffée tôt ou tard.

Elle connut toutefois un répit, durant lequel elle alla jusqu’à envisager avec sérénité de pouvoir vivre n’importe où. Elle avait rencontré un garçon qui faisait deux fois sa taille et l’entourait de ses bras. Là, elle se sentait en sécurité et savoir qu’il pouvait lui briser tant il était fort la rassurait alors que tout l’effrayait. Mais il fut emporté au passage par les effluves d’un autre parfum que le sien, comme s’il avait été aussi léger qu’un fétu de paille.

Elle pensa alors que, si elle changeait sans cesse d’habitation, pour peu qu’elles soient à chaque fois soigneusement choisies, elle pourrait quitter chaque lieu avant tout début de destruction et vivre tranquille. Sa bourse ne suivit.

Alors elle vécut en nomade, sous une tente, se déplaçant dans la ville, puis de ville en ville, à la lisière des villes aussi, parfois en pleine nature, selon les saisons. Longtemps.

Une nuit d’octobre, une bourrasque enfin l’emporta avec sa tente, on se sait où.

 

Suivant
Précédent
Étiquettes : ,

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :

En poursuivant la navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Plus d'informations

Ce site utilise des cookies. Poursuivre votre navigation sans changer vos paramètres ou cliquer sur "Accepter" ci-dessous revient à accepter leur utilisation sur ce site.

Fermer