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Empreintes _ Pauline #10

3 mars 2014 - Empreintes
Empreintes _ Pauline #10

Avec Claire P., écrit à quatre mains.

Pauline s’assied sur le sofa, son verre vide toujours entre les mains, et se met à réfléchir. Elle a beau tourner ça dans tous les sens, elle n’y comprend rien. Sa belle-mère est rentrée de l’hôpital depuis plus d’un mois, tout maintenant aurait dû rentrer dans l’ordre. Même si son rôle de belle-fille lui a toujours un peu pesé, elle peut ensuite se reposer sur le sentiment du devoir accompli. Cette fois-ci, elle n’éprouve aucune tranquillité, alors même qu’elle déteste les hôpitaux et que cela lui a demandé un effort particulier. Elle se remémore les couloirs, les lourds effluves d’éther qui vous lèvent le cœur, l’agitation incessante du personnel et les chambres d’une froide neutralité, leur promiscuité pourtant. Elle revoit d’un coup la masse blanche des cheveux en bataille… Et ce n’est plus simplement un sentiment de peur ou d’effroi qui la saisit, mais un malaise d’un autre genre, un malaise intime et diffus. Un sentiment de culpabilité, tout bêtement. Elle reste un instant médusée devant cette évidence inattendue. Elle en rirait presque: pourquoi diable se culpabiliserait-elle pour cet inconnu revêche? C’est bien ça pourtant. Elle revoit son grand corps amaigri prisonnier des draps où il s’était empêtré, elle entend les grincements plaintifs du lit, ses grognements. Ce spectacle sordide avait inhibé toute compassion. Est-ce de ce mouvement de rejet qu’elle se sent coupable? Il était vieux, faible et esseulé apparemment. Ou bien le simple fait qu’il l’appelle Line a-t-il suffi? Enfin non, d’ailleurs, elle n’est pas cette Line qu’il appelait. Elle soupire, tout lui paraît inepte et confus.

Machinalement, Pauline se lève et rapporte son verre à la cuisine. Elle verra bien quand elle sera de retour à Paris. Pour l’instant, elle a besoin de se changer les idées. Elle jette un coup d’œil par la fenêtre, la journée s’annonce radieuse. Elle pourra toujours passer à l’hôpital, demander des nouvelles du vieux monsieur. Elle entre à pas de loups dans la chambre, attrape ses affaires, une robe légère qu’elle enfile rapidement dans la salle de bains. Quel est son nom déjà ? Elle l’a oublié, il lui semble pourtant l’avoir entendu. Elle redemandera peut-être à Bernadette. Elle se regarde dans le miroir, se donne un coup de peigne, sort de la salle de bains. Elle met ses sandalettes restées dans l’entrée, un chandail accroché à la patère, prend les clés sur le guéridon et sort de la maison faire un tour, prendre l’air. Elle a cette envie impérieuse de se promener au bord de la mer.

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