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Empreintes _ Pauline #9

27 janvier 2014 - Empreintes, Hapax et archives
Empreintes _ Pauline #9

Avec Claire P., écrit à quatre mains.

La plage est étrangement déserte. Seul le ressac de la mer anime le paysage, baigné par la lumière fixe et étale d’un soleil à son zénith. La réverbération est aveuglante. Éblouie, Pauline ferme les yeux. Quand elle les rouvre, la lumière se fait plus intense et sature progressivement l’espace, son éclat uniforme diluant les couleurs, estompant les lignes d’horizon, sable et mer et ciel confondus, l’éclat grandit encore, tout disparaît, absorbé par cette lumière blanche. Pauline se tient au milieu, comme aveuglée.

Un son d’abord presque imperceptible approche en s’amplifiant. On dirait la carriole d’un glacier, peut-être, ce frottement de roulettes sur le sol, suivi d’un tintement de vaisselle. Le tintement se répète. Et encore. De plus en plus aigu, plus rien d’un tintement. Des bips franchement stridents maintenant, à la régularité obsédante. D’un coup, elle reconnaît le lieu et sait ce qu’elle y cherche. Elle s’avance décidée dans le long couloir, s’arrête devant un infirmier et au moment où elle s’apprête à lui parler, le dernier bip se prolonge, n’en finit plus.

Électrocardiogramme plat. Il est trop tard. 

Pauline se réveille en sursaut, retient un cri. La chambre est noyée dans la pénombre. Hervé respire paisiblement à ses côtés. Son cœur continue à battre la chamade. Elle se lève sans faire de bruit et va dans la cuisine. Elle se verse un verre d’eau, laissant couler un moment l’eau du robinet, avec toujours cette sensation de flotter, diffuse, puis elle va dans le salon et se dirige vers la baie vitrée. Au-delà des immeubles s’étend la mer grise. L’aube pointe, tout est calme. Cette vue lui semble pourtant si irréelle… rien à voir avec son rêve. La violence de son cauchemar l’étonne. À ce souvenir, elle sent l’angoisse l’étreindre, il lui semble encore entendre ce bip insupportable, sonnant la cloche d’une alarme secrète. Elle se fige, mais qu’est-ce qui peut bien la hanter ainsi ? Elle porte le verre à ses lèves, boit une gorgée. L’image du vieux monsieur tel qu’elle l’a vue la première fois où leurs regards se sont croisés s’impose à elle. Comme si son regard ne l’avait pas quittée, qu’il l’avait épiée depuis tout ce temps. C’est absurde, elle aimerait se débarrasser de tout ça d’un haussement d’épaules.

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