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Entretien avec Anh Mat : Échoué dans l’écriture

26 octobre 2016 - Critique, Résidence, WebAssoAuteurs
Entretien avec Anh Mat : Échoué dans l’écriture

 

Un bout du visage apparaît dans la terre. C’est la bouche. Ses lèvres énormes. Enflées. Toutes sèches. Un petit grain de beauté sous la lèvre inférieure. À moins que ce ne soit un grain de sable noir. Ou bien un point de suspension abandonné en route, au détour d’une phrase interrompue, sans raison, comme ça, pour rien.
(Anh Mat, #1)

Le titre de votre blog est Les Nuits échouées et la nuit occupe une grande part dans ce que vous écrivez, elle semble être un lieu autant et plus qu’un moment. Que représente-t-elle pour vous ? A-t-elle un rapport avec l’espace de l’écriture que vous évoquez pour le surgissement de Monsieur M. ?

Je n’ai pas cherché en amont à donner une direction au blog. Je crois que le mot « nuit » s’est imposé tout simplement parce que j’écrivais toujours la nuit. Le titre a un soir surgi. Je ne saurais l’expliquer. J’ai d’ailleurs compris à ce moment-là que faire un blog, c’est aussi de l’écriture. Les choix de couleurs, le titre, sont apparus comme ça, au fur et à mesure, sans les penser, c’est venu en fabriquant le blog. La photo de l’en-tête a été déterminante. Elle a depuis changé mais c’était des enfants sur la plage (voir ci-dessous, ndlr), qui semblait découvrir quelque chose échoué sur le sable. Monsieur M. est directement issu de cette photo. Dans le livre, il fait son apparition en échouant mort sur une plage. Quand j’ai retravaillé le livre, c’était quelque-chose de délibéré, je voulais vraiment inscrire dans le livre que monsieur M. est né du blog. C’est aussi pour cette raison qu’une publication papier ne m’a pas semblé pertinente à l’époque. Monsieur M. est un personnage né de mon rapport au numérique. Il se devait en quelque sorte de le rester.

Le début du livre Monsieur M. commence effectivement avec un naufrage même…

C’est la photo. Ça vient effectivement de la photo des Nuits échouées…Nuits échouée @Anh_Mat

Et du titre…

Absolument. Je considère que monsieur M. a échoué dans mes nuits, ce n’est pas du tout une métaphore, il a échoué sur le blog, il est venu de cette mer là, la mer de Chine de la photo. Et les enfants qui le découvrent sont ceux de la photo aussi. Comme je vous le disais, le blog faisait partie intégrante de la fiction. Si on lit le livre sans connaître le blog, on ne peut pas savoir et peu importe d’ailleurs, pas besoin de clé pour lire le livre. Mais pour moi en tant qu’auteur, ça vient de la photo de l’en tête, je savais que le livre en partait, devait de toute façon partir d’un échouage.

C’est étonnant, car le lecteur peut avoir justement tendance à lire ce naufrage comme une métaphore de l’écriture. Or l’écriture, en fait, n’est pas ce qui crée l’image, mais ce que crée l’image. Le texte vient après l’image, la photo, tout à fait concrète, qui l’a ainsi « réellement » engendré…

Le lieu de ce texte est né d’une étrange concordance entre différents mouvements intérieurs. Je ne saurai l’expliquer. Le roman de monsieur M., son récit, est le développement de tout ce qui m’a habité en ouvrant un blog, c’est à dire en publiant pour la première fois mon écriture.

Restitution d’un entretien avec Anh Mat mené en février 2016.
Illustration: Ancienne bannière des Nuits échouées.

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