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Esther 4.2

8 mai 2017 - Esther

Mais j’invente, j’enjolive peut-être un silence au début commandé plutôt par la timidité, une timidité un peu solennelle, comme si j’assistais à une cérémonie qu’il ne fallait pas troubler sous peine qu’échoue le rituel, embarrassée aussi, au fur et à mesure que cela s’éternisait, par l’impression de la regarder comme une bête curieuse, d’en faire l’objet d’une observation expérimentale indéterminée. Ainsi, même si avec l’étendue du silence grandissait ma curiosité, je veillais à ménager sa délicatesse ou ses susceptibilités, dont j’ignorais tout, en adoptant une réserve généralisée, je cherchais presque à me fondre dans les murs, comme si, par une singulière inversion des rôles, j’avais été l’intruse devant se faire toute petite, l’amadouer, elle qui était apparue, était venue d’elle-même.

Je ne sais plus si nous sommes finalement jamais sorties de cette expectative, qui s’est lentement installée, sournoisement devenue son propre but, qui a persisté ainsi dans un élan privé de tout mouvement, subsistant de se nier, de s’évider, en prolongeant l’inaccomplissement bien au-delà de mes premières hésitations, quand j’hésitais face au moindre pas, à ce qu’il aurait pu avoir de décisif, engluée dans l’attente, doutant non pas de sa présence, ni même exactement des raisons de sa présence, mais plutôt de son but, s’il s’agissait bien de moi, si allait vraiment advenir quelque chose comme une amitié, comment préférant m’absenter plutôt que de courir le risque de buter contre un creux mirage, plutôt que de courir jamais l’insigne risque qui seul aurait peut-être réussi à déjouer l’avènement d’une vaine attente, d’un mirage.

Et pourtant, mains vides et yeux rougis, entre la conscience qui grince et les mots qui achoppent, je sais encore, je sens toujours, comment Esther m’a arrêtée, comment elle a stoppé net je ne sais quel parcours de vie où je m’engouffrais, ce qu’on appelle parcours de vie, qu’on vous prie de bien vouloir embrasser comme tel, en guise d’avenir un chemin tout tracé par l’héritage clandestin des velléités familiales et nécessités sociales, comment elle a interrompu quelque marche ou course forcée. Oui, tout disparut autour d’Esther portée par le silence et tout commença, qui était prêt à naître, à quoi j’assistais, heureuse et présente, dans le très léger décalage de soi au monde, lorsque cette distance n’est pas éprouvée comme déchirure et séparation, mais plutôt comme lieu d’alchimie où le monde changerait de substance, pour mieux épouser nos pensées et nous parvenir accessible, s’offrir à nous en ce léger retrait où, de ne pas le poursuivre, nous accueillons librement ce qui est.

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