Menu

Georg Heym, Dionysos de la danse macabre _ 1

7 juin 2009 - Hapax et archives
Georg Heym, Dionysos de la danse macabre _ 1

Georg Heym (1887-1912) est avec Georg Trakl l’un des poètes majeur de l’expressionisme allemand. Autrement dit, ses poèmes sont autant d’hallucinations minutieuses et exacerbées où se transfigure la ville et la guerre, monstres démoniaques qui drainent des foules obéissantes et loyales. Un vent de folie souffle sur le monde, mais la mort ou la misère aussi s’y trouvent métamorphosées. Chez Heym, les convulsions alternent malgré tout la sérénité, toute ambiguë soit-elle. En voici un premier aperçu.

Poèmes :« Les démons des villes » (en allemand)« Les somnambules » (en allemand)

Biographie : Georg Heym naît en 1887, en Allemagne, dans une famille de la grande bourgeoisie protestante. Après une enfance où il sillonne l’Allemagne pour suivre son père, avocat à la cour militaire, il poursuit des études de droit. Il proclame très jeune une haine fervente des sciences exactes, mais est un lecteur passionné, bien qu’il ait horreur a en horreur les pâles érudits, d’ailleurs tout comme les juristes abrutis ou toute poussiéreuse dignité. Et il se rêve tantôt lieutenant de cuirassier, tantôt terroriste.Il commence à écrire dès 1899, mais c’est la rencontre avec Le Nouveau Club (der neue Klub), pendant l’hiver 1909- 1910, qui est décisive. Il réunit de « jeunes étudiants et de jeunes artistes qui se sont jurés de ne pas assister les bras croisés aux blasphèmes de [leur] époque mais d’exprimer au grand jour leur dégoût de tous les commis officiel dans les arts et les sciences et leur admiration des esprits singuliers » (E. Loewenson). Heym y lit ses poèmes, puis participe à la revue, antimilitariste, et qui critique violemment la société européenne. Il devient ainsi le chantre d’un monde en voie de délabrement, dans des poèmes où les dépouilles de l’ancienne accouchent d’une nouvelle mythologie. Couleurs, notations organiques, métaphores picturales et artistiques : ses poèmes sont des visions.En 1911, il publie l’unique recueil paru de son vivant, Le Jour éternel (Der ewige Tag). Il meurt en effet en janvier 1912, englouti alors qu’il patinanit par mauvais temps. Il laisse derrière lui près de 500 poèmes, plusieurs nouvelles, et un journal ainsi que plusieurs récits des rêves qu’il a faits.Quelques liens :une biographie et quelques extraits sur le site de l’éditeur Arfuyenpour les germanistes, l’œuvre complète sur Di-lemmataPoèmes :« Les démons des villes » (en allemand)« Les somnambules » (en allemand)

Les démons des villes

À travers la nuit ils parcourent les villesQui se tapissent, noires, sous leur pied.Comme des barbes de marin, à leurs mentonsSe pressent les nuages, charbonneux de fumée et de suie.Leur ombre longue tangue sur l’océan des toitsEt étouffe les lumières en enfilade dans les rues.Elle rampe comme un brouillard pesant sur le pavéEt, léchant maison après maison, lentement progresse.

Plantés d’une jambe sur une placeDe l’autre agenouillés sur une tour,Ils se dressent là où la pluie tombe noire, soufflent,Sous la tourmente des nuages, dans leur flûte de Pan.

À leurs pieds tournoie la rengaineDe l’océan des villes à la musique triste,Vaste chant de mort. Tantôt sourde, tantôt perçanteLa tonalité change, s’élève dans le ciel obscur.

Ils progressent sur le courant qui noir et largeComme un reptile au dos tacheté de jaunePar les réverbères, dans l’obscurité de noirCouvrant le ciel se faufile tristement.

Ils s’appuient lourdement au mur d’un pontEt ils plongent leurs mains dans la chaleurAux hommes puisée, comme les faunes sur la riveDes marais enfouissent le bras dans la vase.

L’un se lève. À la lune blanche il accrocheDe noires mandibules. La nuitQui comme du plomb tombe du ciel ténébreuxEnfonce les maisons dans le puits de l’obscurité.

Les épaules des villes craquent. Et un toitÉclate, un feu rouge en fait son lit.Ils sont assis à califourchon sur sa cimeEt hurlent comme des chats au firmament.

Dans une chambre emplie de ténèbresHurle une femme grosse, dans les douleurs.Son corps puissant se dresse haut hors des coussins,Autour de lui se tiennent les grands diables.

Elle s’agrippe tremblante à son lit de douleur.La pièce autour d’elle tangue sous son cri,Voici son rejeton. Son giron se déchire, rouge et béant,Sanglant il s’ouvre et livre passage au rejeton.

Les cous des démons s’allongent comme ceux de girafes.L’enfant n’a pas de tête. Sa mère le tientDevant elle. Son dos est déchiré sous la terreurAux doigts de crapauds, quand elle retombe étendue.

Or les démons grandissent, monstrueux.Leur corne déchire le ciel rougi.Le tonnerre d’un séisme parcourt le giron des villesSous leur sabot d’où jaillit l’étincelle.

Die Dämonen der Stadt

Sie wandern durch die Nacht der Städte hin,Die schwarz sich ducken unter ihrem Fuß.Wie Schifferbärte stehen um ihr KinnDie Wolken schwarz vom Rauch und Kohlenruß.Ihr langer Schatten schwankt im HäusermeerUnd löscht der Straßen Lichterreihen aus.Er kriecht wie Nebel auf dem Pflaster schwerUnd tastet langsam vorwärts Haus für Haus.

Den einen Fuß auf einen Platz gestellt,Den anderen gekniet auf einen Turm,Ragen sie auf, wo schwarz der Regen fällt,Panspfeifen blasend in den Wolkensturm.

Um ihre Füße kreist das RitornellDes Städtemeers mit trauriger Musik,Ein großes Sterbelied. Bald dumpf, bald grellWechselt der Ton, der in das Dunkel stieg.

Sie wandern an dem Strom, der schwarz und breitWie ein Reptil, den Rücken gelb geflecktVon den Laternen, in die DunkelheitSich traurig wälzt, die schwarz den Himmel deckt.

Sie lehnen schwer auf einer BrückenwandUnd stecken ihre Hände in den SchwarmDer Menschen aus, wie Faune, die am RandDer Sümpfe bohren in den Schlamm den Arm.

Einer steht auf. Dem weißen Monde hängtEr eine schwarze Larve vor. Die Nacht,Die sich wie Blei vom finstern Himmel senkt,Drückt tief die Häuser in des Dunkels Schacht.

Der Städte Schultern knacken. Und es birstEin Dach, daraus ein rotes Feuer schwemmt.Breitbeinig sitzen sie auf seinem FirstUnd schrein wie Katzen auf zum Firmament.

In einer Stube voll von FinsternissenSchreit eine Wöchnerin in ihren Wehn.Ihr starker Leib ragt riesig aus den Kissen,Um den herum die großen Teufel stehn.

Sie hält sich zitternd an der Wehebank.Das Zimmer schwankt um sie von ihrem Schrei,Da kommt die Frucht. Ihr Schoß klafft rot und lang,Und blutend reißt er von der Frucht entzwei.

Der Teufel Hälse wachsen wie Giraffen.Das Kind hat keinen Kopf. Die Mutter hältEs vor sich hin. In ihrem Rücken klaffenDes Schrecks Froschfinger, wenn sie rückwärts fällt.

Doch die Dämonen wachsen riesengroß.Ihr Schläfenhorn zerreißt den Himmel rot.Erdbeben donnert durch der Städte SchoßUm ihren Huf, den Feuer überloht.

 

 

Les Somnambules

Déjà se presse la minuit. Leurs longs cheveuxRetenus par de blancs voiles solennels,En chancelant se regroupe la foule des somnambulesAussi blanche qu’une fumée qui baigne tout le ciel.

De tous les toits elles s’élèventTels feux follets sur un marais noir.Elles dansent à la pointe des girouettes,En joyeux triomphe au sourire fou.

Elles frappent les cymbales de leurs mains légèresElles errent en chantant dans la verte atmosphèreLeur robe flotte sur leurs seins gonflésQui enivrent l’astre1, parfum suave et riche.

Elles le chatouillent de leurs mains doucesEt pincent à peine l’oreille dorée.Elles se bercent, de leurs maigres hanches,Sur un pas de danse : blanc chœur funèbre.

Elles planent dans la nuit, silencieuses comme des nuagesLoin au-dessus du bleu morfil des monts pointusCourent jusqu’à lui dans leur voyage légerEn berceuse sur le sentier de l’abîme.

L’astre les embrasse tendrement entre ses bras tisseurs.Leur peau, sous ce baiser, se teint en blancElles reposent au chaud contre le cœur de leur fiancéQui rayonne profondément sous leurs minces côtes.

 

 

Die Somnambulen

Schon braust die Mitternacht. Mit langem HaarIn weiße Tücher feierlich gehülltZieht schwankend auf der Somnambulen Schar,Wie Rauch so weiß, der weit den Himmel füllt.

Aus allen Dächern steigen sie herauf,Irrlichtern gleich auf einem schwarzen Sumpf.Sie tanzen auf der Wetterfahnen Knauf,Mit irren Lächelns fröhlichem Triumph.

Sie schlagen Zimbeln in der leichten HandUnd irren singend in der grünen Luft.Vor ihren Brüsten zittert ihr Gewand,Die wild den Mond berauschen, süß, voll Duft.

Sie kitzeln ihn mit ihren zarten HändenUnd zwicken leicht ihn in das gelbe Ohr.Sie wiegen sich in ihren magern LendenIm Tanzschritt hin, ein weißer Trauerchor.

Sie fliegen durch die Nacht wie Wolken leiseHoch über spitzer Berge blauem GratHinauf zu ihm auf ihrer leichten ReiseZu einem Wiegenlied an Abgrunds Pfad.

Der Mond umfängt sie sanft mit Spinnenarm.Ihr Haupt wird von dem Kusse weiß gemalt.Sie ruhn an ihres Bräutigams Herzen warm,Der tief durch ihre dünne Rippe strahlt.

Traductions originales de N. Rollet

___________________________________
  1. la lune, bien sûr. En allemand, der Mond est masculin []
Suivant

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :

En poursuivant la navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Plus d'informations

Ce site utilise des cookies. Poursuivre votre navigation sans changer vos paramètres ou cliquer sur "Accepter" ci-dessous revient à accepter leur utilisation sur ce site.

Fermer