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Georg Heym, Dionysos de la danse macabre _ 2

19 juillet 2009 - Hapax et archives
Georg Heym, Dionysos de la danse macabre _ 2

Deuxième salve du poète expressionniste, avec « Der Schläfer im Wald » (« Le Dormeur du bois ») et « Ophelia » ; oui, Rimbaud est tout proche, et Heym n’est pas le dernier à avoir été marqué par ses motifs. Dans ces deux poèmes, les teintes, blanc et noir, rouge et or, restent aussi tranchées, mais une tonalité plus douce vient les baigner çà et là. Apaisement ambigu, dû à un mortel repos qui dresse une toile de fond sur laquelle la violence quotidienne ne se détache que mieux.« Le dormeur du bois » / « Der Schläfer im Wald » (allemand)« Ophélie » / « Ophélia » (allemand)

 

Le dormeur du bois

 

Depuis l’aube il repose. Et le soleil, rouge, a frappé,À travers les nuages de pluie, sa blessure.Le feuillage s’égoutte encore, lentement. La forêt gît sans vieDans l’arbre, un petit oiseau appelle dans son sommeil.

Le mort est endormi dans l’éternel oubliBercé des murmures de la forêt. Et pour lui les versQui ripaillent au creux de son crâneChantent dans ses rêves avec un froissement d’ailes.

Après les souffrances, qu’il est doux de rêverCe rêve, de se décomposer en terre et lumière,De n’être plus rien, de se séparer de toutEt, comme un souffle ondoyant dans la nuit, de descendre

Au royaume des dormeurs. Auprès des hétaïresDes morts, dessous. Dans les hauts palaisDont les images passent au fil de l’eau,S’asseoir à leurs tablées, à leurs longs festins.

Là où dans les vasques de sombres flammes ondulentLà où résonnent d’or les cordes de maintes lyres.Par de hautes fenêtres, ils veillent sur les vagues,Sur les champs verts des lointains blêmes.

Il paraît sourire de tout son crâne évidéIl dort : un dieu, qu’un doux rêve a dompté.Les vers s’enflent dans son ulcère,Ils rampent repus le long du front rouge.

Un papillon descend dans la gorge. Il reposeSur des fleurs. Et fatigué il s’enfonceDans la blessure, le grand calice de sang,Qui brille sombre comme la rose de velours.

 

 

Der Schläfer im Walde

 

Seit Morgen ruht er. Da die Sonne rotDurch Regenwolken seine Wunde traf.Das Laub tropft langsam noch. Der Wald liegt tot.Im Baume ruft ein Vögelchen im Schlaf.

Der Tote schläft im ewigen Vergessen,Umrauscht vom Walde. Und die Würmer singen,Die in des Schädels Höhle tief sich fressen,In seine Träume ihn mit Flügelklingen.

Wie süß ist es, zu träumen nach den LeidenDen Traum, in Licht und Erde zu zerfallen,Nichts mehr zu sein, von allem abzuscheiden,Und wie ein Hauch der Nacht hinabzuwallen,

Zum Reich der Schläfer. Zu den HetairienDer Toten unten. Zu den hohen Palästen,Davon die Bilder in dem Strome ziehen,Zu ihren Tafeln, zu den langen Festen.

Wo in den Schalen dunkle Flammen schwellen,Wo golden klingen vieler Leiern Saiten.Durch hohe Fenster schaun sie auf die Wellen,Auf grüne Wiesen in den blassen Weiten.

Er scheint zu lächeln aus des Schädels Leere,Er schläft, ein Gott, den süßer Traum bezwang.Die Würmer blähen sich in seiner Schwäre,Sie kriechen satt die rote Stirn entlang.

Ein Falter kommt die Schlucht herab. Er ruhtAuf Blumen. Und er senkt sich müdDer Wunde zu, dem großen Kelch von Blut,Der wie die Sammetrose dunkel glüht.

 

 

 

Ophélie

 

I

Un nid des jeunes rats dans les cheveuxEt ses mains ornées sur l’ondeComme des palmes, ainsi dérive-t-elle à travers les ombresDe la grande forêt vierge, qui repose dans l’eau.

Le dernier soleil, qui s’égare dans l’obscurité,S’engloutit au fin fond de son crâne-reliquaire.Pourquoi est-elle morte ? Pourquoi, si seule,Dérive-t-elle sur l’eau, et emmêle herbe et fougère ?

Entre les roseaux serrés se tient le vent. Il effaroucheD’un coup de main, les chauves-souris.De leurs ailes sombres, humides d’eau,Elles forment comme une fumée dans le flot sombre,

Une nuée de nuit. Une longue anguille, blanche,Glisse sur sa poitrine. Un ver luisant brilleSur son front. Et sur elle un saule pleureSon feuillage, sur elle et son muet tourment.

II

Grain. Semis. Et rouge sueur du midi.Dans les champs, les vents jaunes dorment en paix.Elle arrive, comme un oiseau qui voudrait s’endormir.Les ailes des cygnes l’abritent d’un dais blanc.

Les paupières bleues déposent un doux ombrage.Et sous l’étincelante mélodie de la fauxElle rêve, né d’un baiser carmin,Le rêve sans fin de son tombeau sans fin.

Plus loin, plus loin. Là où la rive vibreDu son des villes. Là où entre les remblaisS’engorge le courant blanc. L’écho résonneDans une répercussion lointaine. Là où retentit

Le bruit des rues remplies. Cloches et carillons.Crissements de machines. Combat. Là où menace,Dans le disque aveugle d’un coucher de soleil assourdi,Et épié par une grue au bras gigantesque

Un puissant tyran, occidental, au front noir,Moloch autour duquel se prosternent ses noirs servants.Fardeau de ponts pesants, qui enjambent le fleuveComme des chaînes sur le courant, anathème de fer.

Invisible, elle nage escortée par l’onde.Car là où elle dérive, elle chasse au loin l’essaim des hommesD’une aile puissante sur leur sombre afflictionQui étend son ombre sur les deux rives.

Plus loin, plus loin. Puisqu’à l’obscurité ne se dédieQue tardivement le haut jour de l’été en Occident,Là où dans le vert intense des prairies se tientLa tendre lassitude du soir lointain.

Le courant l’emporte au loin, engloutie,au havre qu’endeuillent de nombreux hivers.Le temps descend. Dans l’éternité, plus loin,Son horizon fume comme le feu.

 

 

 

Ophelia

 

I

Im Haar ein Nest von jungen Wasserratten,Und die beringten Hände auf der FlutWie Flossen, also treibt sie durch den SchattenDes großen Urwalds, der im Wasser ruht.

Die letzte Sonne, die im Dunkel irrt,Versenkt sich tief in ihres Hirnes Schrein.Warum sie starb? Warum sie so alleinIm Wasser treibt, das Farn und Kraut verwirrt?

Im dichten Röhricht steht der Wind. Er scheuchtWie eine Hand die Fledermäuse auf.Mit dunklem Fittich, von dem Wasser feuchtStehn sie wie Rauch im dunklen Wasserlauf,

Wie Nachtgewölk. Ein langer, weißer AalSchlüpft über ihre Brust. Ein Glühwurm scheintAuf ihrer Stirn. Und eine Weide weintDas Laub auf sie und ihre stumme Qual.

II

Korn. Saaten. Und des Mittags roter Schweiß.Der Felder gelbe Winde schlafen still.Sie kommt, ein Vogel, der entschlafen will.Der Schwäne Fittich überdacht sie weiß.

Die blauen Lider schatten sanft herab.Und bei der Sensen blanken MelodienTräumt sie von eines Kusses KarmoisinDen ewigen Traum in ihrem ewigen Grab.

Vorbei, vorbei. Wo an das Ufer dröhntDer Schall der Städte. Wo durch Dämme zwingtDer weiße Strom. Der Widerhall erklingtMit weitem Echo. Wo herunter tönt

Hall voller Straßen. Glocken und Geläut.Maschinenkreischen. Kampf. Wo westlich drohtIn blinde Scheiben dumpfes Abendrot,In dem ein Kran mit Riesenarmen dräut,

Mit schwarzer Stirn, ein mächtiger Tyrann,Ein Moloch, drum die schwarzen Knechte knien.Last schwerer Brücken, die darüber ziehnWie Ketten auf dem Strom, und harter Bann.

Unsichtbar schwimmt sie in der Flut Geleit.Doch wo sie treibt, jagt weit den MenschenschwarmMit großem Fittich auf ein dunkler Harm,Der schattet über beide Ufer breit.

Vorbei, vorbei. Da sich dem Dunkel weihtDer westlich hohe Tag des Sommers spät,Wo in dem Dunkelgrün der Wiesen stehtDes fernen Abends zarte Müdigkeit.

Der Strom trägt weit sie fort, die untertaucht,Durch manchen Winters trauervollen Port.Die Zeit hinab. Durch Ewigkeiten fort,Davon der Horizont wie Feuer raucht.

 

Traductions originales de N. RolletIllustration :Dans l’ordre : Otto Dix, Emil Nolde (à deux reprises successives), Olivier Redon et Max Beckmann Quelques liens :une biographie et quelques extraits sur le site de l’éditeur Arfuyenpour les germanistes, l’œuvre complète sur Di-lemmata

 

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