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Glissades

21 juillet 2013 - Hapax et archives
Glissades

Glisse glisse glisse. Elle se répète glisse glisse glisse, plus ou moins vite, au rythme de la goutte qui glisse glisse glisse. Après trois glissades, on change, on passe à une autre goutte. Mine de rien, ça réclame une grande attention et une certaine vivacité pour adapter le rythme des paroles à celui de la pluie. Ça ne peut pas être automatique. Même en étant vigilante, une fois sur trois, elle tombe à côté : elle en est à peine au deuxième glisse que la goutte a déjà disparu au bas de la vitre ou, à l’inverse, il resterait encore le temps de glisser (elle sourit) un ou deux glisse avant que la goutte franchisse la ligne d’arrivée. « Tu fais quoi ? » « Rien, Tom. Je réfléchis. T’es trop petit. » Elle est désolée pour lui, c’est sûr, seulement, ça se fait tout seul. Elle pourrait lui expliquer, mais ça romprait le charme, et puis il se moquerait. Là, elle a besoin de faire comme si elle était toute seule. Sans eux autour. Seulement la pluie. Glisse glisse glisse. Bien sûr, ça rappelle les larmes, la pluie. Mais personne n’y fait trop attention, finalement, on râle un coup et puis on n’y pense plus. Ça la rend triste quand même, sans qu’elle s’en rende compte. Glisse glisse glisse. Il ne faut trop y penser, après tout, c’est mieux. Il ne faut pas être triste, pas pleurer. Les gouttes glissent sur la vitre comme elles roulent sur ses joues quand elle va pleurer dans la salle de bains, si elle regarde dans le miroir. Mais ça l’énerve, alors les essuie, les efface. Zut, trop vite, beaucoup trop vite : elle a presque le temps de dire deux séries que la goutte est encore au milieu de la vitre. Glisse glisse glisse. Glisse glisse glisse. Voilà. Glisse glisse glisse. Ça fait comme une comptine, en fait. C’est toujours un peu joyeux, une comptine, non, un peu doux ? C’est presque une berceuse. Et les serpents transparents qui se faufilent le long des vitres. Qui glissent glissent glissent. Elle sourit. Elle se concentre sur la comptine, sur ces formes qui se font et se défont. Si elle s’y absorbe suffisamment, elle n’entendra plus, à l’avant de la voiture, ses parents qui se disputent.

Sallenelles,16 juillet

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2 réflexions sur “ Glissades ”

Selenacht

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