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Glossolalite aiguë (d’ailleurs venue)

22 mars 2014 - Hapax et archives
Glossolalite aiguë (d’ailleurs venue)

Flatteuse contribution d’un inconnu improbable incognito sans cagnotte. 

Longtemps j’ai garé ma trot­ti­nette de bonne heure sur une place pri­vée de cet effet.

Et me vois là rendu, à l’impromptu, dans la salle détente du Merdecin de ma Fille.

« Bonjour cher Mobilis_in_Mobylette, quelle belle mala­die vous amène ? »

Et bien, Cher Merdecin, je n’arrive pas à lire ce que je dis, je pil­pate, res­sens des agno­sies, j’ai les mains moites, les pieds poites, j’entends des voix étran­gères et je vois des louches partout.

« Cher Monsieur, vous souf­frez de « Glossolalite aiguë », un trouble du lan­gage qui consiste à pro­non­cer des mots inven­tés ou à modi­fier des mots exis­tants. Vous faites une rechute. »

Mais enfin Codeur c’est incom­men­su­rable, je suis abs­ti­nent, je n’ai pas bu un seul livre depuis des pla­fon­niers ! Je ne déchiffre et délettre plus depuis belle burette.

« Peut-être avez-vous été exposé récem­ment à une forte dose à votre insu ? des radia­tions dont la source vous serait inconnue ? »

C’est impas­sible !, si Larousse m’était incon­nue, je le sau­rai ! Tout cela est extrê­me­ni­ment étrangeant………………

« Bon, je vous mets à la diète pen­dant 3 jours, le soir soupe, suppo de Xanax, grosse nuit der­rière garan­tie. Évidemment, je ne vous pres­cris pas le géné­rique mais celui rem­boursé par la sécu».

« Pour bien dor­mir, il suf­fit de cou­rir le soir, vous vous endor­mi­rez dans la foulée ».

Ha oui ? et pour quoi en suppo ? et rem­boursé ? vous êtes sadique ? le trou de la sécu­rité sociale vous excite ?

« Comment posez-vous ? Que foulez-vous à la vin ? »

Mais rien du tout, c’est à vous que je pose la ques­tion, j’étais tran­quille­ment ins­tallé dans la salle d’attente du vété­ri­naire de mon quar­tier, j’accompagne mon chat qui vient pour une visite de rou­tine, plongé dans la lec­ture de mon roman, quand vous avez surgi, tel un diable qui sort de sa boîte, en me haran­guant et en voci­fé­rant des pro­pose insensés.

Et pour finir, vous jouez bien mal avec mes maux, les maltraitants.….….…..TOC TOC TOC

Un jeune homme frappe à la porte, Julien pénètre dans la salle d’attente et se dirige gauche vers Mobilis. Il avait les joues rouges et les yeux baissés. C’était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, faible en apparence avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin.

« Vous êtes bien le locataire de le chat qui est en consultation chez nous ? »

« Oui, comment va-t-il ? »

« Le chat est mort »

Stupeur et tremblements

« Non, je déconne, il a beaucoup souffert, mais il va mal ! Vous pouvez être bien inquiet à qualité d’être surpris, enfin comme vous le savez ce qui ne nous tue pas, nous fait quand même très mal ».

Profond soupir de soulagement

« Ouf, vous m’angoissez, j’ai cru à un moment que vous étiez sérieux »

« Absolument oui ! il faudra repasser demain à la même heure,  nous allons le garder en observation ».

LE RIDEAU ROUGE cramoisi ET NOIR cramè TOMBE SUR LA SCENE DE THEATRE,

FIN DE L’ACTE I

Jean profite de cet intermède pour se décroqueviller de son fauteuil, mouvement qu’il accompagne de bâillements d’orques et de pandiculations.

Il se retourne d’un quart de tour et s’adresse à son voisin de derrière.

« Excusez-moi, je ne vous fais pas mal aux genoux avec mon dos ? J’ai bien peur de m’être endormi pendant cette pièce loufoque et débilitante, puis d’avoir glissé au fond de mon fauteuil. Je peux vous offrir un café pour me faire pardonner ?».

Boris, bien connu pour passer le plus clair de son temps à l’obscurcir, range son nénuphar dans la poche gauche de son veston et s’adresse à cet inconnu qui lui fait face.

« Oui volontiers, et je suis bien d’accord avec vous, cette pièce n’a ni tronc ni membres, un flan de billevesées avec des morceaux de coquecigrues dedans ».

« Vous voulez dire de calembredaines ? »

« Oui, les décors sont minimalistes et les acteurs inexistants, tout particulièrement ce le chat dont je doute de l’existence justement, et les dialogues n’en parlons pas ils sont abscons »

« Vous voulez dire abstrus » ?

« Oui, enfin bref, tout ceci me débecktte, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé »

« Je croyais que vous vouliez un café ? »

« Je…. Laissez tomber, je vais prendre une glace »

Boris se croquevilla à son tour, sur son siège en peau de nubuk et de bébés skais, en attendant la fin de l’entracte.  Cette discussion avec le voisin du dessus au dos khâgneux l’avait éreinté.

Ce grand escogriffe n’avait rien compris à l’histoire.  Les personnages, dans leur inaction, immobiles dans un monde en mouvement, savaient tous qu’ils allaient mourir alors ils prenaient leur temps.

Ses propos étaient en contradiction avec son ressenti et Boris se demandait pourquoi  il avait abondé et même débordé dans le sens de cet énergumène,  par faiblesse ?  par hyper-empathie ? par lâcheté ? par dés-envie d’en découdre avec ce personnage ?

A sa déchetterie, ce dernier n’était pas comme lui titulaire d’un bac scientifique couronné d’un 3 en philosophie et ne pouvait en conséquence appréhender toutes les subtilités de cette pièce.

Boris, était très fier de cet exploit et malgré tous les encouragements de ses professeurs de l’époque, « Vous ne faites qu’enfiler des perles » ,« Vous êtes au fond du trou et vous continuez à creuser » n’avait jamais eu jusqu’à une date récente où une bonne fée lui avait procuré l’espacidoine, l’audace de pousser plus avant l’expérience et de se livrer à cet exercice périlleux consistant à enfiler des perles au fond d’un trou.

Il manipulait avec nervosité le faire-part dans sa poche droite qui l’invitait à une crémation en milieu de semaine. Il irait, tout bien réfléchi, cela lui permettrait de s’évader et d’oublier l’espace d’une demi-après-midi  l’ambiance mortelle du bureau.

Boris ne s’en était pas rendu compte, mais profitant de l’obscurité et de la chaleur humide du théâtre parisien, le jeune Nénuphar avait pris de l’ampleur et occupait toute la place dans la poche gauche de son veston reconvertie en bac hydroponique.

Il apercevait même quelques timides boutures qui tentaient de se frayer un chemin vers la lumière.

Sa décision était prise, au printemps prochain il irait déposer la jeune pousse dans une pépinière, au milieu de ses congénères et dans une terre propice, elle pourrait alors s’enraciner, se développer  et la photosynthèse aidant  révélerait sans aucun doute toute l’intensité de son éclat.

Il en était convaincu maintenant, même si cette décision devait lui arracher un cœur, que ce serait lui donner les meilleures chances de s’épanouir.

D’ailleurs son Dantiste italien ne manquait pas de le lui rappeler à chaque fois qu’il extractait une dent de sagesse avec succès  «Nessun maggior dolore che ricordarsi del tempo felice nella miseria » .

Il devait bien le rendre à l’évidence, à chaque fois la magie opérait, et le temps aidant, il n’avait plus mal à cette dent qu’il n’avait plus.

FIN DE L’ACTE II

Ferdinand, confortablement installé dans son lit, referme le lourd roman. Il se fait tard,  la lecture l’avait emmené au bout de la nuit et pourtant il restait sur sa fin.

Contrarié à l’aube d’une nouvelle vie, non pas d’avoir consacrée celle-ci à accumuler des dettes, mais de se trouver dans l’incapacité d’en contracter de nouvelles.

Il emporterait  dans son sommeil, ses déceptions et sa culpabilité.

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