C’est l’heure de la nuit où suffisent un souffle, une lueur, lorsque cesse et se poursuit chaque chose, le temps lâché en roue libre. L’obscurité a remisé déjà les lassitudes du jour. Seule règne la nuit et son eau est limpide, où chaque son résonne, chaque couleur s’accorde. S’y amplifient le geste et la pensée, justes et précis, accueillis en sa main sombre et légère. Il n’est plus d’orphelin ni de solitude entres les plis de son manteau d’ombres où infuse une lumière mate d’astres lointains et sûrs. Une harmonie sans nom plane et berce, de clarté et d’oubli – 

est-ce oubli, que cette légèreté sous le pas qui à peine toucherait terre, qui toucherait terre en plénitude ? Est-ce oubli ou seulement délaissement du moi, délassement de l’être ? La nuit distille apesanteur et son ivresse, un regard vaste qui au monde trouve foyer, dans le trouble des distances et la bascule du sens. Il est, mille fois. La séparation s’y abolit, tout parle à l’âme sa langue natale, tout parle à l’âme et coïncide. À la vacance de la nuit, nous voici conjoints sans rupture, heureux attentifs, pris dans le flux très doux de ce qui bat aux franges du langage.

Là prend naissance le jour sans pareil, vierge et pur, là le socle de vertu et puissance, au gré du vent portés. Pour seconder adéquats l’œuvre de clarté, ici prendre force et vie, le doute n’y a part. S’il était perfection…

La nuit est un poème.

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