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Métal + bois

17 septembre 2012 - Hapax et archives, Matières à répétition
Métal + bois

Rentrée de la matière, enfin. On aura beau eu la retarder, Nev fait faux bond, aux prises avec une horde collégienne. On adoptera donc un rythme un peu moins soutenu, une publication par quinzaine, pour laisser du temps à chacune – et de la place à d’autres projets qui arrivent.


 

©bigi

On dirait presque d’une armure brisée,
et d’une chair dénudée, vulnérable,
par le fer trouée
– entaille noire au côté droit.

Mais le bois est sec, sa sève depuis longtemps épanchée,
épuisée sous la lumière franche et le fer,
le fer n’a plus d’éclat, s’il en a jamais eu,
au lieu d’un badigeon de peinture – plus probable.

L’image a usé ses prestiges.
Ne reste plus que la science, aride,
et ses formules, pas si magiques
Fe + 2OH− → Fe(OH)2 + 2e−,
2H2O + O2 + 4e− → 4OH−
4Fe(OH)2 + 2H2O + O2 → 4Fe(OH)3
2Fe(OH)3 → Fe2O3·3H2O,
– quand le fer ne manque pas d’air
pour s’envoyer en l’air
et jouer les électrons libres,
l’air de rien, l’air le mine,
mine de rien, la rouille le débine.

(Un peu, magiques.)

La rouille a mangé le fer, rongé comme une carie,
autour des rivets soigneusement rivetés,
comme de bons rivets rivetant,
– bien appliqués, bien arrimés,
(même si pas toujours parfaitement alignés)
en vain rivetés puisque la rouille troue
les plaques de métal régulièrement disposées,
– on le devine encore –, bord à bord,
qu’elle laisse branlants les chicots-rivets
ne rivetant plus rien.

Et les plaques sont tombées,
minées de rouille, désagrégées,
qu’apparaisse le bois blanchi,
malmené autant que le fer,
troué par les rivets, fissuré en douce,
bois décati auquel il fallait bien
carcan de fer pour tenir en place,
qui se délite, sous la rouille mouchetant le fer,
lui allouant la teinte du bois
et le grain de la terre.

Pas la ruine qui menace, pourtant.
Les bords de l’image sont rognés,
mais soigneusement aussi
– c’est un tour auquel l’image s’adonne.
Pas exactement la ruine, alors.
L’ordre se voit, la façon du charpentier,
du forgeur peut-être ;
se lisent encore les gestes de leurs mains
dans leur ouvrage qui se défait,
devient vestige de l’histoire bête
du bout de bois et du bout de fer,
piquetée dans la rouille,
creusée dans les fissures.

La rouille forge à son tour,
crée par retranchement.
Correspondance plaques-planches
l’horizontale la verticale,
du plein rivet au creux du bois,
teintes proches et lointaines
de bois rouille et délavé.
Son travail de découpes irrégulières,
révèle déplace l’ordre,
l’effaçant, l’exhibe.
Rigueur en mouvement
comme d’une toile abstraite.

– Or qu’est-ce que cela,
la nature qui reprend l’ouvrage de l’homme
pour l’engloutissant l’abstraire
et le rendre à nos regards,
matériel ?

(Image, et son soupçon de bleu plane)

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