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Répertoire urbain: fenêtres

22 février 2016 - Hapax et archives, Répertoire urbain

La chaleur enveloppe le passant. Il a ralenti sa marche, pour qu’elle caresse son visage, ses bras nus, sans l’étouffer et il ne saurait plus bien, s’il y pensait, distinguer entre sa propre chaleur d’animal et l’air qui l’environne. Il a tout le temps devant lui à savourer, et ce quartier familier comme chaussure à son pied, niché au cœur de la ville. Il sourit en portant son regard sur la perspective bien connue, la chaussé un peu large qui descend vers ce drôle de carrefour d’où rayonnent cinq rues minimes, encadrée de corps d’immeubles massifs, modernes pour la plupart, que trouent ici et là une cour ou un jardin et son sourire peut-être s’arrondit en moue d’étonnement tandis que sous ses yeux la ville prend soudain un air de solennité imprévue et légère à mi-chemin entre le sourire et le repos.

La chaleur a vidé les rues, l’ombre se dilue mollement à l’éclat du soleil. Les façades tiennent la note claire de la lumière qui étale se confond à l’air immobile. Elle plaque aux fenêtres ouvertes les épaisses couleurs d’un camaïeu travaillé et improbable, que déclinent les rideaux sur plusieurs étages : rose vif, fuchsia, pourpre, rose tendre soigneusement badigeonnés. Elle saisit les lignes de fuite et cisèle le contour de la moindre feuille, se les amalgame si étroitement qu’elle paraît la matière même, étonnamment fluide, promettant une profondeur qu’elle dérobe.

On dirait la ville prise dans quelque rêve qui l’arrête sans la figer, vouée à quelque éternité inconnue où elle s’offre proche comme un mirage.

 

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