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Aporos de Francis Royo, «Le souffle qui nous tend»

19 août 2013 - Critique, Lectures critiques
Aporos de Francis Royo, «Le souffle qui nous tend»

Aporos 100

La poésie ne clôt rien, ne signe rien, juste un appel. Tendre les mots bien sûr mais comme on tend les mains.

Aporos 143

Rien de ce qui nous mesure n’est à l’abri du souffle qui nous tend.

Aporos 195

À celui qui s’abandonne n’évoque pas la source. Son désir est en fuite, il plonge vers la mer. Sans doute est-il déjà marée dans tes bras nus.

Aporos 223

Scrutant ton propre corps étranger à toi-même, n’attends pas de miracle. Entre chair et peau il n’y a que l’amour et la peur qui circulent. Pactise.

Source : F. Royo, analogos.org

Des phrases qui, d’un coup d’ailes, se nichent au creux de la pensée et la nourrissent comme d’un secret inconnu et familier : Francis Royo, dans la série Aporos à lire sur son blog Analogos, en est le poète discret et puissant.

On le confierait ainsi sans hésiter au patronage de René Char, dont on entend l’écho dans certains aphorismes, ne serait-ce une légèreté plutôt rare chez le capitaine Alexandre. Ici, la violence des images ramassée en tir concentré porte d’emblée à l’incandescence l’observation faite précepte (Aporos 99, Aporos 221). Plus loin, un rythme plus fluide, des images moins vives, où l’analogie joue de manière plus lâche, impressionnent peut-être moins vivement mais invitent à les méditer comme paraboles (Aporos 105), évoquant parfois aussi la poésie d’un Jaccottet (Aporos 96). Ailleurs encore, la phrase adopte même le ton de la conversation, voire l’humour du trait d’esprit (Aporos 41, Aporos 212 ), dédramatisant d’une pirouette l’ensemble sans rien lui ôter de sa finesse.

Car, si variés soient-ils, les aphorismes d’Aporos ne sont pas hétéroclites. Tenus par la brièveté de la forme, ciselée sans maniérisme, chacun fait mouche sans rompre la cohérence d’ensemble, comme autant de cordes d’un même instrument. L’expression condensée de l’un (contraction) et le chant plus libre de l’autre (dilatation) obéissent au même effort de tension maintenue du souffle (Aporos 135) – de même sans doute que se lit dans le ton tour à tour élevé de la prophétie ou humble et doux (or n’oublions pas Antée…) une identique volonté de justesse.

La poésie de Francis Royo laisse ainsi entendre une voix résonnant dès lors particulièrement sincère et pleine, qu’il a encore l’élégance de laisser comprendre à sa guise par le lecteur (Aporos 107)…

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2 réflexions sur “ Aporos de Francis Royo, «Le souffle qui nous tend» ”

Francis Royo

Je voulais vous remercier ICI pour cette belle lecture.

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Selenacht

Heureuse que cela vous plaise. Merci à vous de m’avoir laissé m’approprier ici votre poésie – et du plaisir que j’aurai encore à vous lire.

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