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Sexe, drogue et mmorpg

27 avril 2012 - Hapax et archives
Sexe, drogue et mmorpg

Dans Le jeu continue après ta mort, Jean-Daniel Magnin nous précipite dans le tourbillon des vies réelles et virtuelles de Niels, alias Thout’, aux multiples naissances (et tout aussi nombreuses morts ?), fondateur et maître incontesté de Big Pizza, le continent virtuel qui réunit en une seule Pangée l’ensemble des mondes persistants, une fois libérés du joug des éditeurs de jeux vidéo… du moins jusqu’au Global Off, qui survient le 18 février 2039 et laisse en rade un milliard de Nolife. Que s’est-il passé ? Niels IRL va essayer de reconstituer la catastrophe, suivant les invraisemblables métamorphoses de son avatar.

Le résultat ? Un récit jubilatoire, aux péripéties loufoques enchaînées au rythme effréné des allers-retours de Niels-Thout’ entre passé et présent, réel et virtuel, joyeusement fusionnés. De quoi perdre le nord, tant cet univers extravagant s’affranchit de tout réalisme pour revisiter tour à tour les inventions les plus grotesques, magiques ou drôles de l’univers des jeux vidéos, mais aussi du manga, de la SF, bref de tous les fantasmes et la culture du Net, exploitant sans réserve les possibilités de la réalité virtuelle (ou devrait-on dire de la virtualité réelle ?) où gadgets technologiques et super-pouvoirs permettent aussi bien de sauver le monde que de se payer impromptu une séquence hentai. Et au-delà de ces joyeuses geekeries, on plonge dans les paradoxes de la conscience et du temps sur fond de complot : Big Pizza est enjeu de pouvoir.  En mélangeant le tout, on obtient un roman haletant, louchant à la fois du côté d’un Philipp K. Dick débarassé de son pessimisme angoissant et de celui de Futurama, fourmillant d’inventions loufoques et géniales.

On achève le livre en se disant que c’est « du grand n’importe quoi », mais avec un sourire béat et convaincu et, pour tout dire, sans trop avoir envie de se demander à quoi tient cette réussite. Sans doute à ce que l’auteur ne recule devant rien et fait preuve d’une inventivité à toute épreuve, d’où un foisonnement continu. Mais aussi à une écriture plus subtile qu’on pourrait le supposer d’abord, puisque l’intrigue progresse selon les motifs qui irriguent le texte, comme si le récit « s’autogénérait » au fur et à mesure de son écriture – redoublant ainsi, plus intimement, le tour de passe-passe entre réel et fictif pour redire le plaisir qu’on trouve à ne pas«  cesser de se conter des histoires ».

Extrait

Avec la distance je le vois entier, un cerbère noir couché au milieu d’une vallée de pads et de consoles jetés au rebut. Mon billard est planté à l’autre bout de la décharge numérique. Entre les pattes du chien cyclope quelque chose dort en boule. Une enfant nue et blanche. Qui relève son visage aux yeux clos. Au-dessus de sa tête, son nom flotte dans une lueur verte : « Nanok ». Nanok, la Moby Dick des hardcore gamers. Moi qui n’y ai jamais cru, je la vois là, en face de moi. Un Sim né du hasard, une vie artificielle qui a émergé de l’accouplement de fragments de programmes abandonnés sur le réseau. On dit que seuls la rencontrent les camés du jeu, ceux qui y ont brûlé leurs jours et leurs nuits. Ils prétendent qu’ils ont senti sa caresse dans leur chair. Avant de sombrer dans la crise d’épilepsie. Certains sont sevrés et ne mettront plus jamais un casque de jeu sur leur crâne. La plupart se font tatouer la Sainte sur la main droite et naviguent de plus belle, dans l’espoir de la retrouver. Moi je dis que ces camés se font posséder par le jeu alors que c’est à toi de le niquer. Je n’ai jamais cru à leur Nanok. Et la voilà devant moi.


À compléter par une interview de l’auteur sur ActuaLitté.

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