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son portable

12 octobre 2015 - Passages
son portable

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Huawei Ascend mate, cadeau d’anniversaire en 2014, 52 applications installées, 105 supprimées. Utilisations principales : écouter de la musique, surfer sur 4chan, buzzfeed, facebook (applications consacrées), jouer à des jeux, gratuits ou crackés (temps moyen par jeu après essai concluant : 17 heures, 2 à 3 semaines), envoyer des SMS, 5181, dont plus de la moitié utilitaires. 145 appels, 86 heures de communication. 63 photos et 7 vidéos, la plupart de  Madeleine, parfois avec Élisabeth, quelques-unes d’Élisabeth seule, et puis des conneries. Synchronisation avancée paramétrée.

Des amas de données, gratuites ou payantes, piratées ou pas, publiques ou personnelles, stockées et multipliées, enregistrées sur des machines, les nôtres ou pas, qui transitent presque à la vitesse de la lumière, propulsées ici pour consultation, arrêtées là pour sauvegarde, textes, images, sons, diffusion généralisée du spectacle de nos vies, brouillonnes et emmêlées en arabesques abstraite. Les traces sont visibles, s’embrouillent. Il s’y cache.

Galaxy Nexus, payé plein pot en 2011. Utilisations: 7218 SMS envoyés, 7587 reçus, parmi eux faire-part et félicitations pour la naissance de Madeleine, 269 appels, 178 heures de communication. 104 photos, et 11 vidéos, de Madeleine et d’Élisabeth essentiellement. Tout ce qui ne les concerne pas a été effacé au fur et à mesure. 49 applications installées, 101 essayées. Musique,  jeux (7), rss-reader. Synchronisation avancée.

On tire le portrait de nos quotidiens. Historique, géolocalisation, données personnelles, le relevé sans faille des empreintes selon l’axe des temps et des lieux. Quadrillage effréné en quête d’exhaustivité, confiée aux pures machines qui veillent ces dépouilles rêvant la connaissance universelle et parfaite, sans l’observateur, où le fin mot de l‘histoire objectivée tient à la puissance de calcul, à l’envers de l’angoisse et de l’oubli, dans l’insignifiance. Nous y cherchons un mirage, nous y perdons sa piste. Il s’y perd dans la multitude.

HTC Desire Z, offre avantageuse grâce à l’abonnement reconduit début 2010. Utilisation : 6902 SMS envoyés, à Ariane et à Élisabeth pour la plupart, 7736 reçus, d’Ariane et d’Élisabeth pour la plupart, musique, jeux. 47 appels, 23 heures de communication. 10 photos et 1 vidéo. 17 applications, 55 essayées.

Il s’y invente comme un autre. Collection choisie, images et leurs légendes, ce qu’il conserve et ce qu’il efface. Tris soigneux et prélèvements sur le corps du patient dont il rectifie la biographie. Et l’arrière-plan des évasions en toile de fond : scènes avec personnages, satires, vidéos classées X, articles scientifiques, dessins humoristiques, et puis surtout balades, ritournelles, défouloirs, mélopée, pour la douleur, l’ennui, l’euphorie, la colère et l’enchantement, toutes les sensations et leurs sentiments, en moins de cinq minutes qui sonnent juste. Lui, en mémoire quelque part entre ce qu’il aime et le masque qu’il se façonne.

HTC Desire, acheté en 2008. Utilisation : 2151 SMS envoyés, 1504 reçus, 127 appels, 31 heures de communication, jeux. 26 photos. Donné à Ariane, mémoire vidée.

Lui qui n’en finit pas de raccrocher les costumes. Veuf inconsolé, puis amoureux fervent, parfois pauvre type ou traître accompli, dilettante de génie puis artiste maudit, et même gendre idéal et mon père ce héros, qui vieillissent aussi mal que les autres. Paumés sur une scène imaginaire, à contrechant de l’écran rêvé, les grands rôles comme les petits. Changés comme de chemise, de portable et de ce qui est déjà écrit, au débarras l’embarras de la mémoire qui s’alourdit.

Nokia N70, 2005. Utilisation : 2542 SMS envoyés, 2 856 reçus, 114 appels, 143 heures de communication, jeux. 35 photos. Donné à Ariane, mémoire pour partie effacée.

Il ne se trouve nulle part, tabula rasa en fin de parcours, creusé de songes, d’histoires qui ne s’achèvent pas, s’enchaînent cahin-caha et s’accumulent pour deain. Dans la gare et la mémoire remuent les possibles d’un autre âge. En fond d’écran, le sourire de sa fille, regard droit devant, son avenir sans rien de lui. Dernier texto en date, Marie à qui il n’a pas eu le cœur de répondre, Marie échappatoire qui ne lui laisse plus qu’un goût de désillusion. Il ne reste qu’à attendre le train qui passe.

Sagem MyX-6, 2003, passage à un forfait illimité en 2004 (après explosion de la facture), 4318 SMS envoyés, 5721 reçus, 114 appels, 143 heures de communication (Ariane essentiellement). 65 photos. Donné à Ariane, mémoire sauvegardée.

Dissipation des traces. Le cri résonne moins que le silence. Taris le passé et ses mythes.

Nokia 3210, 2000, 1119 SMS envoyés, 1002 reçus (Constance aimée, Constance morte), 100 appels, 73 heures de communication. Appareil conservé.

Photo: Julian Ortiz, two third rails, Creative Commons BY-NC-ND 2.0

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