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« Tremblez ! »

30 janvier 2016 - Critique, WebAssoAuteurs
« Tremblez ! »

Texte écrit dans le cadre de la dissémination « l’état de sécurité » proposé par la webassociation des auteur.

Comme nous nous sommes montrés soumis! Nos aïeux ont vécu le comble de la liberté, nous celui de l’asservissement! Nous sachant contrôlés, n’avons-nous pas renoncé à communiquer les uns avec les autres? Nous aurions perdu la mémoire tout autant que la parole, si nous pouvions aussi bien oublier que nous taire! 
Tacite, Biographie d’Agricola1 

« Tremblez ! » Et nous tremblons.

Il y a de quoi. Du rouge et noir de nuit et de sang, le hurlement de vaine sirènes, ça vous balance dans le cauchemar sauf qu’il a pris d’un coup un sale goût dont on se débarrasse moins bien encore que d’une gueule de bois ou que de la merde sous ses semelles, et tout pareil pourtant. Un sale goût de réel dans son plus moche.

« Tremblez ! » Et nous tremblons.

Les faits parlent d’eux-mêmes.

« Tremblez ! » Et nous tremblons.

Traumatisés. Les sales angoisses ramènent leur gueule, même pas enfarinée, les faits parlent d’eux-mêmes, à chier dans notre froque, pour nos gamins, pour notre couenne, so insecure, et not’ confort alors ?

« Tremblez ! » Et nous tremblons.

Sous les tromblons mal embouchés de la suceuse politique, « les faits parlent d’eux-mêmes », quoi d’mieux, idiote gamine, que de se terrer claquemurés, c’est dangereux dehors, pour vivre heureux, vivons étroit, pour vivre heureux, vivons bornés, vivons gardés.

« Tremblez ! »

Ne vous inquiétez de rien que de trembler, que nous vous protégions, bordel ! c’est la guerre !, ne craignez rien, on s’occupe de la racaille aux pensées pas nettes, au passé mal éclairci, et le futur comme une menace qui vous boufferait tout cru, et les demains qui chantent, qu’ils valsent, maintenant.

« Tremblez, bordel ! »

C’est la guerre, ayez la conscience tranquille, montrez patte blanche, ou vous disparaîtrez.

*

Et nous tremblons ?!

*

(Lavée plus blanc que blanc à coups de gomme, est-ce que ça mérite encore ce nom, une conscience que plus rien n’habite ?)


___________________________________
  1. Nouvelle traduction annotée par Danielle De Clercq-Douillet (2000). Texte original : « Dedimus profecto grande patientiae documentum; et sicut uetus aetas uidit quid ultimum in libertate esset, ita nos quid in seruitute, adempto per inquisitiones etiam loquendi audiendique commercio. Memoriam quoque ipsam cum uoce perdidissemus, si tam in nostra potestate esset obliuisci quam tacere. » Plus loin, le texte continue ainsi : « augeatque cotidie felicitatem temporum Nerua Traianus, nec spem modo ac uotum securitas publica, sed ipsius uoti fiduciam ac robur adsumpserit, natura tamen infirmitatis humanae tardiora sunt remedia quam mala » « Notre époque voit, grâce à Trajan, son bonheur grandir tous les jours : le sentiment d’être délivrés de l’arbitraire rencontre non seulement nos espoirs et notre attente, mais se renforce dans la confiance qu’engendre la réalisation de cette attente. Mais, comme le veut la nature, les remèdes agissent moins vite que les maux sur notre faiblesse humaine. » []
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2 réflexions sur “ « Tremblez ! » ”

Aunryz

Tremblons … mais
à la manière de la terre
pour les faire choir de leurs perchoirs

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