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valdinguer le gris

8 février 2016 - Passages
valdinguer le gris

[Texte source] _ [Embranchements]

Insidieuses comme pas deux, on est là à fredonner gentiment sans trop s’en faire, vaillant contre l’adversité, fleur au fusil même qu’on croirait presque, assez en tout cas pour croire qu’elles tintent mode mineur les pensées mordorées de la mélancolie, qu’on les balaie avec un rictus qui mime le sourire à un cheveu près, puis voilà qu’elles tournent à l’aigre, tout juste une pointe d’amertume qui se faufile d’abord, méchante pour sûr, et armée, on n’a rien senti venir, la fausse jetonne, qu’elle fait déjà tache d’huile, grande marée saumâtre qui vous avale tous crocs dehors, un trop-plein d’heures usées à la corde qui te déversent toute la saloperie de la vie sur les épaules, surgie de nulle part, de partout, te fait t’sentir comme une loque, tu fais pitié, mec, avec ton petit bouc, tes p’tites santiags, tu ressembles à quoi, avec tes p’tits projets, tu m’débectes, mec, à te donner l’air de j’sais pas quoi, gentil connard qu’y croit même pas, sous les cernes qui te défigurent la face, dans la poche ton poing serré à s’en péter les jointures, sale crevard, et que ça te lèche les bords du crâne, les sales idées, tu mords et tu remords dans le vieux goût des envies mauvaises, ça dégueule les enfilades de jours à se traîner boulot bobonne dodo un pas après l’autre en gardant coincé ric-rac le regard entre les œillères avant de filer les pieds devant, ça refoule les rêves rances passions rassies, tout l’avenir rutilant ravalé dégueulé, le présent te dégobille, mate le haut-le-cœur qui te prend la gorge, à chialer de rage, et les beuglements de l’autre là-bas, dans le casque, qui crache ses tripes, ça suffit plus comme barrage, ni tes dents serrées, et tout c’que ça tiraille et malmène dans la lumière glauque du quai, une bulle de passé qui crève à la surface, ni la première ni la dernière, le temps qui tortille des boucles en nœuds dans la cervelle, on s’planque jamais assez tassé pour qu’y vous revienne pas dans la gueule, une baffe mate et nette qui vous sonne ce qu’il faut, et t’as beau hausser les épaules, gars, c’est peut-être que c’coup-ci t’es coincé sur l’quai d’une gare,ou c’est que ça traîne dans les louches recoins depuis trop longtemps, parce que t’as beau vouloir t’en foutre ou vouloir le croire, ça suffit pas, ce coup-ci, de s’secouer tracer sa route, trop tu la vois qui s’embourbe en cul-de-sac d’chez les pas vernis, et c’coup-ci ça matraque bien, ça t’plombe pour de bon et tu remues à peine, inerte sous une grande bâche de mémoire noire, de quand elles te lâchaient plus, les idées crades, à t’squatter H24 et sans sourdine, c’vieux relent, t’en voulais plus, tu te croyais sauvé, vieux ? putain t’avais oublié qu’elles puaient autant, t’as le nez dedans de nouveau, c’est moche et con, ça t’revient sévère dans les narines, c’te violence qui taille et taillade, comme elle t’exorbitait la jugeote, à plus vous connaître, à vous écharper l’un l’autre, essorillés de paroles assassines, ça giclait le sang, tiens, un combat à mort, sans pitié, on t’dit, la mort des deux, d’elle et de toi, à mort à mort et ça te court-circuite d’un coup, que c’était ça, que c’était comme ça et que ça pouvait pas être autrement, qu’il fallait rien de moins que toute cette saloperie pour vous séparer, que vous vous lâchiez enfin la grappe l’un l’autre, que son odeur et sa voix arrêtent de te rendre marteau, tes gestes et ton silence de la tourner hystéro, l’avait fallu toute cette haine pour balayer les crève-cœurs, désentortiller ce fatras que vous étiez à deux, vous désemberlificoter le sentiment, démêler votre carne, chiennerie d’amour, chienlit de passion, qui t’assomme à contretemps, ça te fait voir mille chandelles, tellement que tu réalises à peine que le bordel s’arrête d’un coup, pendant que t’es là éberlué, culbuté en plein dedans, qui te paraissait si loin, qui te collait aux semelles, le sordide des débandades, la haine surie et les rancœurs choyées, les mesquineries et les coups bas, tout vient de basculer sous tes yeux, et voilà que ça brille 10000 volts à se prendre heureux dans la face, pas croyable, tu te mets à sourire un sourire béat, un sentiment pur à te couper le souffle qui a sa saveur et la tienne, tu reconnais tout, ici et hier, l’union convulsion, ses agapes et ses ravages, le miroir où se confondent ton regard et le sien, les reflets, et toi au centre saisi, dans l’œil du cyclone, dans la transparence advenue aux masques et dédales de l’évidence, où tournoient l’oubli en cicatrice qui trace la mémoire dans la chair battant sourde à la doublure du cœur et le mystère obscurément préservé dans les mensonges et les promesses, les écartèlements se dénouent en constellation, à leur extrême se réconcilie le cercle, l’éclair du temps qui balaie tout, n’oublie rien, et vous cloue elle et toi au firmament, t’y es, chéri, là où rien n’importe que le pur plaisir d’être et d’avoir été, livrés en bloc, ça te terrasse, tu jubiles, t’aimerais juste pas que ça s’arrête…

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