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Variation

10 novembre 2012 - Hapax et archives, Matières à répétition
Variation

portes ©bigi

On ne croirait pas que c’est un panneau de clefs d’hôtel
– on a eu le temps presque croire que ce l’était, à cause de cette disposition particulière des cadenas accrochés sous des chiffres, en ribambelle trouée
– certaines chambres sont occupées.
On a bien reconnu le tableau de clefs,
et que ce n’était pas ça, en un seul regard.
Des cadenas, pas des clefs, sauf quelques-unes,
arrimées à leurs cadenas,
– une ficelle encore attaché à l’une d’elles,
et puis, si, une,
une clef toute seule là au milieu des cadenas,
c’est-à-dire en bas à gauche,
une petite clef plate et rouillée, et une chaîne, encore,
intruses, au milieu des cadenas.
Ce n’est pourtant peut-être pas les cadenas,
pas tout de suite les cadenas,
qui ont mis la puce à l’oreille
– à l’oreille ?
Mais quelque chose de trop artisanal, de moins industriel
– avant le laiton usiné,
son contraste avec la rouille, peut-être,
ou bien plus encore,
bien avant même,
bien avant dans cet espace d’une seconde
où l’œil a reconnu ce que ce n’était pas,
ce tableau noir,
avec ses chiffres inscrits à la craie blanche,
à une irrégularité de disposition (aussi),
comme la ligne pas tout à fait sur la ligne
d’une écriture d’enfant,
des disproportions de boucles et de jambages,
tout un tas d’imperfections, qui sautent aux yeux…et puis
non, pourtant,
quand même,
avant tout,
on reconnaît le panneau de clefs de l’hôtel,
même si ce n’est pas lui,
on le reconnaît, avec un sourire,
et autre chose sans doute,
une émotion,
voilà,
un enchantement, parce que c’est si proche,
si imparfait.
Mystérieux,
presque.
Parce que ce sont des cadenas, bel et bien,
comme autant de secrets jalousement gardés.
Mais peu de clefs, en fait, sinon oubliées,
sans plus personne, peut-être, pour les réclamer,
et c’est triste,
un peu.
Mais il y a encore,
au-dessus de chaque cadenas,
un chiffre
pour déchiffrer l’énigme cachée là ?
Il suffirait peut-être de savoir le sens de ces ribambelles de zéros,
– puisque les interruptions dans les rangées de chiffres-clefs alignés
ne sont pas des chambres occupées,
mais de tout bêtes zéros,
accouplés par deux,
le néant
– ou l’infini, si n’était ce hiatus
entre l’un et l’autre
zéro.

L’esprit joue ses tours de funambule,
sur le bout de ficelle suspendu
entre deux chiffres, trois morceaux de laiton.
puis bute contre ces portes closes
et trébuche au seuil de ces portes déjà ouvertes,
le secret éventé, et son mystère,
– les cadenas ne gardant plus rien, accrochés au tableau,
de ce qui était précieux, charade au rebut.
On ignore on oublie, on la connaît, la chanson,
pas besoin de sésame, même si le regard s’attarde
sur ces portes qu’on remarque à peine,
qu’on remarque seulement parce qu’elles ferment avec un cadenas,
plutôt qu’une clef,
– comme si le secret n’avait pas été prévu, pour remédier à une serrure cassée.
un cadenas, protection de fortune,
pour nos maisons des hommes et nos jardins –
on la connaît, la chanson du vieux cœur familier,
la promesse fidèle, la blessure mal close,
et le secret naïf posé par-dessus…

Naïf le secret ?
N’est-ce pas plutôt
que la lumière le brise
comme un cri ?

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Une réflexion sur “ Variation ”

Selenacht

Deux remarques subsidiaires.
1) Le première, sous forme de rappel : Nev n’a que le texte, elle, ne voit les photos que lors de la mise en ligne, cette fois-ci comme les autres. La similitude de composition est donc fortuite…
2) La seconde sous forme d’indice : comptez les zéros !

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