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La ville et lui 4/7 (Anh Mat)

22 octobre 2016 - Critique, Résidence, WebAssoAuteurs

Chambre à l’heure, sans fenêtre, dégâts des eaux inclus. La douche fuit. Supplice des gouttes d’eau qui résonnent dans le noir. Dans la corbeille des mouchoirs froissés recouvrent la capote de l’heure précédente. Je tente de m’assoupir sur le drap humide, baigne avec dégoût dans la sueur d’une dernière étreinte.

J’attends le bout d’un jour qui n’a jamais commencé. Sous les paupières à moitié closes deux poches de cernes, deux valises pleines à craquer de rêves posées aux portes du sommeil. Je regarde l’existence passer à mon poignet. Les heures ne sont plus des heures, seulement des chiffres qui se succèdent, sans incidence. Le temps flotte, comme en suspend dans la fatigue. Le jour se lève n’importe quand. Mon corps chancelle sous le soleil de la nuit. Quelle heure est-il ? Une heure du soir ? Treize heures du matin ?

De ma fenêtre j’essaie d’apprivoiser la ville à distance. Drôle de ciel que celui du bitume, constellé de visages filants dans les phares, sous les ampoules, sur les façades des silhouettes passent, disparaissent comme des mirages à leurs fenêtres allumées me renvoyant à ma solitude… extrême.

Les rues se taisent peu à peu. Leur calme est suspect. Ça sent l’orage. Un éclair éblouissant retire la nuit de sa fiction, révèle un instant l’envers de son décor. Mais le noir retombe aussitôt, rideau sur une vérité de quelques dixièmes de seconde. De quel Dieu suis-je le pantin ?

L’église sonne une heure que je ne connais pas. Le chant du coq ressemble à s’y méprendre au hurlement du loup. Les chats miaulent comme des nourrissons qu’on étrangle. Un cri strident de femme suivi d’un bruit de moteur trafiqué traverse le silence. Probablement un vol à l’arraché. Ou juste la rencontre de deux bruits avec lesquels j’invente une histoire, histoire de faire quelque-chose avec le vide et la fatigue du décalage horaire. Je suis attente qui n’attend rien.

Je regarde la nuit mourir. Et meurs de ne pas dormir. Le soleil baille encore dans la brume, ouvre son œil rouge sur le puzzle de maisons multicolores. Ses premiers rayons m’invitent à aller marcher, ciel dans les flaques. La faim m’arrête là, table en plastique bleu, tabouret trop petit pour ma taille. Genoux sous la poitrine, presque sur les talons, j’attends d’être servi, la tête entre deux plaques d’immatriculation. Une main chasse les mouches de la viande sur le feu. Mon verre de trà à la main, je plonge le nez dans mon bol vert coriandre blanc bún rouge piment orange carotte brun porc grillé.

Anh Mat

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