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Webasso : faits et causes

18 octobre 2013 - Hapax et archives
Webasso : faits et causes

Une poignée de mois que l’aventure est lancée, sans que j’aie jugé nécessaire, ni attendu, d’expliquer ici les raisons d’un choix aussi légitime que libre. Il ne me paraissait pas vraiment utile d’en faire tout un fromage. Participer à la mettre sur les rails et à lui donner forme me semblait amplement suffisant – et je souhaiterais que ce soit encore le cas. Mais les tensions persistent, on hésite à inviter pour un jour tel auteur que l’on suit pourtant avec passion, on hausse ailleurs les épaules en se gardant de jeter de l’huile sur le feu, mais d’autres s’en chargent. Or le projet de la webasso me tient suffisamment à cœur pour le défendre très nettement et distinctement, parce que je ne vois pas par quel miracle le web ne serait pas assez grand pour nous passer de ces mesquineries.

Mais commençons par le début, donc par un détour. Sur le web comme ailleurs, j’ai lu avant d’écrire, et je ne sais quel serait mon «portrait intellectuel» aujourd’hui sans ce que j’y ai vu, lu, suivi, entendu, sans la manière dont j’y ai navigué et m’y suis égarée, appris à mieux y trouver, appris à m’y perdre. C’était au tout début des années 2000 et durant mes trois dernières années d »études (maîtrise, agreg, master I) – et peut-être cette conjonction a-t-elle son importance dans ma conception du web, je n’en sais rien.

Mon premier ravissement de littéraire, c’était le domaine public offert, en cherchant un peu, en suivant quelques guides. Ravissement pourtant un peu stupide parce qu’il a bien fallu attendre l’epub et ses liseuses pour que je lise vraiment ces classiques autrement que sur papier. Peut-être parce que j’aime les œuvres closes et «physiquement» isolées, qui constituent un tout occupant une place délimitée. J’aime aussi les autres, évidemment, que j’associe au temps plus qu’à l’espace, mais je crois que ce sont deux genres assez différents (disons blog/livre, ou bien journal/fiction – j’y reviendrai peut-être ailleurs). Le second ravissement, le plus «glorieux» à l’époque, parce que je croyais fort naïvement que le domaine public faisait consensus, c’était l’aspect plus expérimental, dans l’architecture des sites proprement dite d’abord, dans les divers délires plus ou moins visuels, puis, ô joie, en littérature même, en découvrant remue.net. De la création, de la vraie, de l’exigeante, à portée de main. À pouvoir y piocher sans risque une bourse plutôt plate à l’époque. Wahou !

Si j’insiste sur cela, c’est que ce sont les deux éléments qui, d’emblée, ont balayé selon moi toute opposition au web. Certaines critiques pouvaient  être assez justes, elles ne pesaient rien face à cette disponibilité de la culture, cette possibilité offerte à chacun d’y puiser selon ses goûts et ses curiosités. Il en va toujours ainsi. Du moins, tant que le gratuit subsiste et est alimenté selon de telles convictions. Et telle est  très exactement l’invitation lancée par Laurent Margantin en juin. Je ne dirais pas que le ton polémique adopté m’ait entièrement ravie, ni que j’aurais «manqué» les allusions à François Bon. Je les ai d’autant moins manquées que de remue.net, j’avais évidemment poursuivi vers publie.net pour m’y abonner dès que possible – et, plus tardivement et bien plus épisodiquement, vers le Tiers Livre également.

Venait de me chagriner l’apparition de nerval.fr, aux antipodes de mon initial enthousiasme pour remue.net. Je ne suis toujours pas sûre aujourd’hui de me réabonner, à cause de cela. J’aimerais mieux que soit proposé un abonnement un peu moins cher (même symboliquement). Quant à acheter au coup par coup, non : le risque est trop grand. Beaucoup des ouvrages publie.net sont de grande qualité, comme je l’ai relayé ici à plusieurs occasions. Mais certains sont nettement indignes de leurs voisins, en termes de qualité littéraire ou «simplement» éditoriale, et j’aurais râlé d’avoir payé spécifiquement pour eux. Par abonnement, ça me convient, et j’aurais même pu être un peu fière de permettre, sinon les ratés littéraires, en tout cas l’émergence de nouveaux outils et façons d’éditer, pas forcément maîtrisables en un jour. Mais entendons-nous bien : dès lors, il s’agit bel et bien de soutien et, si l’entreprise était purement marchande et n’attendait de moi rien de plus qu’être une cliente lambda (à l’heure du marketing personnalisé, qui plus est…), eh bien, je ne serais pas restée longtemps abonnée à publie.net, parce que non, la qualité est parfois loin d’être professionnelle (même si la qualité éditoriale s’est nettement améliorée).

Tant pis si je mets les pieds dans le plat ; je m’étends sur ces considérations parce que je suis toujours assez méfiante quant aux choix et implications de la rentabilité économique dans le domaine de la littérature et que publie.net constitue l’exemple réel qui a alimenté ma réflexion, au fur et à mesure de son développement, bien avant la web-association. nerval.fr marque en tout cas pour moi le moment où cet enjeu économique finit par prendre le pas sur l’enjeu littéraire, autrement plus ambitieux au départ, et où je crains que les moyens se substituent à la fin ; le moment où, en tout cas, une faille survient dans mon adhésion, au regard de ma conception de la culture et du web. Comme je crois à l’importance du non-marchand et à la nécessité de le défendre, sur cet aspect-là, le ton polémique du billet de Laurent, même si ce n’est peut-être pas celui que j’aurais choisi, me convient parfaitement. À la guerre comme à la guerre, surtout si l’on souhaite que le nerf n’en soit pas l’argent…

D’autres raisons ont achevé de rendre fort évident mon choix de participer à la web-association. Plus souple et ouverte, elle me semble mieux correspondre à ce que je fais aujourd’hui sur ce blog, et puis la porte était largement ouverte par Laurent, cela facilite la démarche.Restait l’attaque plus personnelle, qui me semblait par certains aspects ne pas toucher complètement à côté, mais n’était pas forcément très alléchante. Bon. La réaction en face ayant rapidement été au moins à la hauteur, je mettais tout cela sur le compte d’une histoire plus personnelle un peu difficile, qui se tasserait, et on verrait bien. Parce qu’il y a à peine besoin de prendre du recul pour considérer tout cela comme une tempête dans un verre d’eau, j’ai un peu de mal à prendre au sérieux les petits jeux de « follow/unfollow » et tous les états d’âmes balancés tels quels (ou vaguement habillés) sur twitter notamment, que ça m’agace et que – mais je suis naïve, hein – le projet d’ensemble dépassait d’emblée Laurent et promettait d’adopter la forme que nous lui donnerions ensemble. Un léger doute planait cependant, et j’ai donc benoîtement attendu que le temps passe, voir ce qu’il en ressortirait une fois passée les bisbilles. 

Seulement ça ne se tasse pas vraiment, tensions et pressions persistent. Laurent n’a à peu près pas relayé les messages ou silences subits mais persistants, jusqu’à tout récemment (énervement fusant, via twitter encore, ce mardi).  Je vais la jouer naïve,  mais c’est vraiment se grandir, de reprendre le «Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous» et on vous le fera payer, y compris pour les auteurs qui ne font nullement partie de la web-association, mais qui acceptent seulement d’être cités, repris ou de discuter, comme H.-X. Lemonnier ou Anna Jouy ? Et que va-t-il se passer, si je reprends en termes élogieux et sincères tel billet du Tiers Livre,  ainsi que m’y incite sa licence Creative Commons ? C’est inepte…  Il y a de quoi être atterré, non ? Et même si je me mets mon mouchoir par dessus, je sais assez que la nature humaine contient pas mal de saloperies, après tout – on peut m’expliquer quel est ici l’enjeu majeur de pouvoir symbolique, au juste ? Je le répète, certaines évidences sont dures à voir, paraît-il, mais en quoi la web-association pourrait-elle porter ombrage à M. François Bon ? Est-elle si puissante ou est-il si faible ? À publie.net ? Il y a largement la place, non ?

Et si, bon sang, cette alternative tout gratuit me paraît non seulement salutaire, mais essentielle, et je ne comprends pas comment on peut l’ignorer et ne pas se réjouir qu’elle continue à exister. Pas pour abattre le marchand, encore moins une voie médiane. Mais au contraire comme poumon nécessaire à côté, en plus, et fort bien si publie.net n’en est plus là, ça n’empêche rien (et si nerval me reste en travers de la gorge, je n’oublie pas non plus remue.net sur le versant opposé). Et ça m’emmerde de ne pas relayer certains auteurs publie.net dans tel cadre pour qu’ils ne sentent pas dans une position fausse, ça m’emmerde de me demander si je vais continuer à parler des livres publie.net qui m’ont plu alors que je sais que cesser de le faire reviendrait à une mesure de rétorsion stupide et mesquine, ça m’emmerde cet acharnement quand il suffirait de hausser les épaules en se disant, avec un brin de cynisme si nécessaire (et peut-être l’est-il) : «Allez, au fond, c’est un hommage, ils essaient d’occuper la place que nous avons laissée vacante en choisissant une autre voie.» (car le billet de Laurent est, aussi, plutôt élogieux au début). Au lieu de cela, paradoxalement, la virulence du billet inaugural se trouve justifiée. J’en suis déçue… et perplexe. On pourrait pas passer à autre chose, maintenant, m’sieurs-dames, siouplaît ?

Alors peut-être Laurent s’est-il trop exposé ou, plutôt, peut-être les autres, moi la première, n’ont-ils pas assez, assez vite, pris le relais, pour élargir un peu les perspectives et détendre tout ça. Le principe est me semble-t-il plus important que les circonstances particulières, bien qu’elles ne soient pas sans influence.

Hieronymus Bosch_ La nef des fous

 

 

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Une réflexion sur “ Webasso : faits et causes ”

H_X_Lemonnier

Merci pour cet article et pour votre mention. J’ai l’impression que nous nous sommes retrouvés au milieu d’une bataille qui ne nous concernait « guère »…Nous avions pourtant partagé un front sur Twitter (le classifier comme littéraire est sans doute exagéré pour ce qui me concerne) et l’envie de connaitre, transmettre et partager fit le reste. Que cela soit grâce à qui ou quoi importait peu alors. De tous cotés pourtant, les tirs furent aiguisés pour faire mal, du moins ce faible mal qui rend futile le ce-pourquoi on l’éprouve. Aussi, je ne veux retenir qu’une seule chose et non pas en avoir le regret: merci d’avoir retenu mes Salves justes d’avoir à être partagées, ici chez vous.

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