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Murièle Modély, L’œil bande

1 mars 2014 - Critique
Murièle Modély, L’œil bande

Textes repris dans le cadre de la dis­sé­mi­na­tion « Le corps dans tous ses états » pro­po­sée par Pierre Cendrin pour la webasso­cia­tion des auteurs. (Voir note d’intention).

Présentation

Blog de l’auteur : L’œil bande

Des poèmes de Murièle Modély, on en trouve facilement sur la toile, constellation d’échanges et de participations dont le blog reste l’étoile la plus dense – je n’ose dire la plus brillante, car sa lumière est de celles qui déchirent un instant ténèbres et pupilles, rendant visible l’obscur. Outre ses poèmes, elle y fait découvrir divers auteurs et poètes, mais aussi photographes et plasticiens (l’œil, évidemment). Régulièrement alimenté depuis 2008, ce blog, pas plus que son travail, ne saurait être épuisé par cette dissémination qui n’en donne qu’un aperçu, à compléter notamment par la lecture de La mèche, ebook offert sur son site, et de ses diverses publications.

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parfois, quelque chose file, dans les poumons, l’espace, entre l’inspiration et l’expiration, de la page, contre ses lèvres, tu ne sais pas vraiment,
parfois, un postillon tombe, la phrase chute, fait une boucle, sursaute, accroche cœur, sur le menton,
parfois, tu comptes, et tu recomptes, les champs ouverts, par la courbe des accumulations, tu fais semblant, les petits oui, les petits non, souffle coupé, sous la virgule en vrac, ton lent et mol émiettement,
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Source : Murièle Modély, http://l-oeil-bande.blogspot.fr/2013/12/blog-post_3.html. 

En lisant

J’aurais pu choisir bien d’autres poèmes de Murièle Modély, j’avais l’embarras du choix, d’autres poèmes où le corps, l’inscription viscérale est plus bouleversante, mais où le travail de la parole et de l’écriture, pour être patent, n’est pourtant qu’implicite. Le détour par la ponctuation offert dans ce poème, associé au libellé « signes typographiques », souligne efficacement qu’écrire est une histoire de corps, que nos phrases ne sont que «postillons», le langage, un moyen de «b(i)aiser». Me plaisait également l’éparpillement éternué («émietté») de signes renvoyant à d’autres textes, pour le profit qu’il tire de l’hypertexte. 

Je crois me souvenir que c’est son titre qui avait d’abord attisé ma curiosité et m’avait attirée sur le blog de Murièle Modély, ne sachant trop à quoi m’attendre, espérant la découverte à la hauteur de la promesse entrevue. L’œil bande: c’est idiot, ça ne veut rien dire. D’ailleurs, est-ce bien un verbe, bander, ne serait-ce pas un substantif, finalement ? Ça ferait plus propre… moins intéressant sans doute aussi. Ce sexe en plein dans l’œil, tout ça grâce aux mots…

Immédiatement pensé à elle, du coup, en lisant la proposition de Pierre. Pas tant pourtant pour le corps qui se donne à voir sous bien d'(in)imaginables facettes dans ses poèmes que pour la manière, bien autrement merveilleuse (avec un zeste d’effroi), dont l’écriture, y prend corps. Comme si (ou parce que) la parole naissait moins dans la bouche, pour ne rien dire de l’intellect (de la cervelle à la rigueur, viscère comme un autre), que du corps tout entier, de chacune de ses parties selon le jour et l’heure, avant de voyager jusqu’à cette bouche, à la recherche du souffle. Nœud de chair comme seul lieu où prendre voix. Cette inscription charnelle, originelle me semble-t-il, excédant tant le raisonnement de donner naissance à la parole sans laquelle il ne serait pas, la poésie, ne cherchant pas à la montrer, en offre ici l’évidence: source obscure de jaillissement.

En page d’accueil : E. Schiele, « Nu de dos accroupi », 1917.

 

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3 réflexions sur “ Murièle Modély, L’œil bande ”

  • Ping : Dissémination : L'assassin rêvé (récit)

  • michèle dassy

    Quelle belle, très belle présentation!

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