
Une voix parle, que je ne reconnais pas.
Ce n’est pourtant pas qu’elle ne me soit pas familière
ni non plus qu’elle ne me plaise pas, que je ne l’aime pas,
qu’elle me paraisse étrange ou inattendue.
Au contraire, je la connais comme mienne.
Mais je ne la reconnais pas ici, dans ces façons,
et je m’étonne qu’elle s’élève,
si sérieuse, si seule.
Méconnaissable.
Si plate.
Ou si pleine, peut-être.
Comme si l’accessoire soudain s’imposait.
Comme si tout avait rétréci au point que rien
ne soit plus enviable que le plaisant.
Je pourrais me réjouir légèreté,
je pourrais me féliciter sagesse,
la vertu et sa moyenne,
le bonheur et sa mesure,
la beauté modérée
puis la sérénité détachée
au havre humble et sûr.
Mais ce n’est pas cela.
C’est la vie qui raccourcit,
le rêve troqué contre l’envie,
l’idéal abandonné pour le confortable.
Allons donc.
Faute de mieux, le miteux.
Je préférerais le mors aux dents,
que cette douce voix pleine de raison,
où j’entends « résignation »
sans trop plus savoir à quoi,
et qui se pare encore d’un sourire,
chaleureux d’effroi.
